L’intelligence artificielle est partout : dans les discours des dirigeants, dans les plans d’investissement des grandes entreprises, dans les portefeuilles des particuliers. Les valorisations de certains acteurs, comme Nvidia, ont atteint des niveaux historiques, portées par l’idée que l’IA va tout transformer. Mais derrière l’enthousiasme, une question dérangeante apparaît : et si la prochaine crise financière venait justement de cette nouvelle ruée vers l’IA ?
Comprendre les signaux, les excès et les risques selon William Higgons
Les crises financières ne se ressemblent jamais vraiment, mais elles ont un point commun : elles prennent toujours par surprise. Après 1987, 2000, 2008 et 2020, une question revient aujourd’hui avec insistance : l’intelligence artificielle pourrait-elle provoquer la prochaine grande correction des marchés ?
William Higgons, 47 ans de marchés financiers, président d’Indépendance AM et spécialiste du value investing, partage une analyse tranchée : oui, les ingrédients d’une bulle sont réunis.
Non pas parce que l’IA serait une illusion — au contraire, c’est une véritable rupture — mais parce que les attentes financières autour de cette rupture pourraient être largement surestimées.
Cet article reprend et organise ses enseignements.
1. Les bulles naissent d’une révolution… puis d’un excès
Pour William Higgons, toutes les grandes bulles financières fonctionnent sur le même schéma :
- Un phénomène réel émerge : le chemin de fer au XIXᵉ siècle, l’électronique dans les années 60, Internet en 2000… et aujourd’hui, l’intelligence artificielle.
- Les investisseurs anticipent une rentabilité future exceptionnelle.
- Ces anticipations deviennent exagérées.
« Depuis le chemin de fer, c’est toujours la même chose : il y a une rupture réelle, mais les investisseurs surestiment la rentabilité qu’elle va produire. »
Selon lui, nous sommes précisément dans cette phase.
2. Nvidia, Tesla et les valorisations « impossibles à tenir »
Il ne s’agit pas de juger la qualité technologique, mais la cohérence des cours de Bourse.
Nvidia
La société a atteint plus de 5 000 milliards de dollars de capitalisation, avec 1000 milliards ajoutés en seulement trois mois.
« La quasi-totalité des investisseurs qui achètent Nvidia sont incapables de faire la différence entre une puce Intel et une puce Nvidia. »
Pour William Higgons, l’histoire du capitalisme rend ce scénario fragile :
- la concurrence finit toujours par apparaître,
- une innovation non prévue aujourd’hui peut renverser le leader,
- les marges ne restent jamais éternellement exceptionnelles.
Il estime qu’il est probable que Nvidia perde une partie de sa position dominante dans les dix prochaines années.
Tesla
La valeur a longtemps été justifiée par un récit très ambitieux :
voiture électrique, robotique, IA embarquée, figure d’Elon Musk…
Pour lui :
« Le rêve Tesla est moins brillant qu’il ne l’a été. Les constructeurs chinois prendront probablement des parts de marché importantes. »
Et surtout :
ce n’est pas parce qu’on identifie une révolution (la voiture électrique) qu’on identifie automatiquement les gagnants.
3. Pourquoi une bulle IA serait dangereuse ?
Parce qu’elle coche les cases historiques :
Excès médiatique
Quand journaux généralistes, amis et chauffeurs de taxi s’en emparent, c’est un signal classique de bulle.
Valorisations extrêmes
Selon lui, toute société cotée avec un PER supérieur à 20 est statistiquement un mauvais pari long terme.
Incertitude totale sur la rentabilité future
Les investissements massifs dans l’IA n’ont pas encore prouvé leur rentabilité économique.
« On n’a pas encore prouvé que ces sommes énormes vont être rentables. »
Symétrie avec la bulle Internet
L’exubérance autour de l’IA ressemble fortement à 1999-2000 :
promesses non encore concrétisées, valorisations élevées, engouement massif.
4. Où pourrait éclater la bulle ?
Selon William Higgons, plusieurs zones de fragilité existent :
• Les fabricants de puces (semi-conducteurs)
Position dominante difficile à préserver dans un secteur où l’innovation remet tout en cause.
• Les acteurs qui se repositionnent sur l’IA
Toute entreprise se présentant comme “AI-first” attire mécaniquement des capitaux, mais sans garantie économique.
• Les entreprises dont les valorisations reposent sur des promesses très lointaines.
5. Que faire en tant qu’investisseur ?
1. Ne pas courir après les valeurs survalorisées
« Quand l’IA est à la mode partout, toutes les sociétés qui peuvent en bénéficier sont déjà très bien valorisées. »
Il déconseille catégoriquement les valeurs dites “purs players IA”.
2. Éviter les PER élevés
Une règle héritée de Benjamin Graham :
au-delà de 20, le risque de perdre de l’argent augmente fortement.
3. Un seul endroit où il pourrait rester des opportunités : les sociétés pénalisées par l’IA
Des entreprises considérées comme « dépassées » peuvent être mal valorisées… et se révéler résilientes.
Il cite par exemple :
- Téléperformance
- Ipsos
Ces entreprises affichent des multiples très bas car le marché anticipe qu’elles seront remplacées par l’IA.
« Si vous êtes contrariant, vous pouvez acheter les sociétés que le marché pense pénalisées par l’IA. Mais c’est risqué. »
6. La leçon centrale : personne ne peut prévoir, il faut rester simple
Pour investir intelligemment, même dans un contexte dominé par l’IA :
Acheter des entreprises rentables
Rentabilité des fonds propres > 10 %.
Bien valorisées
PER 10–12, pas plus.
Et surtout :
« Personne n’a de don de voyance. Croire qu’on peut prévoir l’avenir est une erreur. »
Conclusion : l’IA est une révolution… mais c’est peut-être aussi la prochaine bulle
Pour William Higgons, le risque n’est pas l’IA en elle-même, mais l’écart entre le rêve et la réalité économique.
- Les attentes sont énormes.
- Les valorisations aussi.
- La rentabilité future, elle, reste inconnue.
Le scénario d’une correction importante dans les années à venir n’a donc rien d’improbable.
Mais son conseil reste simple :
rester discipliné, investir dans des valeurs rentables et bien valorisées, et se méfier de tout ce qui brille trop vite.
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