L’intelligence artificielle fascine autant qu’elle inquiète. Les valorisations s’envolent, les investisseurs affluent, les médias s’emballent. Mais cette euphorie rappelle à certains la bulle internet des années 2000. Dans cet épisode d’Allô la Martingale, Amaury de Tonquédec reçoit William Higgons, président d’Indépendance AM, l’un des plus anciens gérants value de France, pour décrypter les mécanismes des bulles, les leçons des crises passées et les risques de la frénésie actuelle autour de l’IA.

Quatre crises, quatre leçons pour l’investisseur moderne

Avant de parler d’intelligence artificielle, William Higgons revient sur quarante ans de crises boursières : 1987, 2000, 2008 et 2020.
En 1987, le fameux “lundi noir” reste pour lui un accident de marché sans cause identifiable. « Il n’y avait personne en face pour acheter », résume-t-il. La leçon : dans une panique, ne rien faire vaut souvent mieux que de vendre.
En 2000, la bulle internet illustre les dangers de l’irrationalité collective. Quand « les chauffeurs de taxi parlent de la Bourse » et que les médias s’enflamment, il est temps de se méfier. L’euphorie mène toujours à la même issue : des valorisations qui s’effondrent.
La crise de 2008 lui rappelle qu’une crise bancaire est la seule situation où il faut avoir du cash. Tout le reste du temps, rester investi reste la meilleure option.
Enfin, la crise du Covid a confirmé ses principes : éviter le market timing, rester rationnel et ne pas confondre court terme et long terme. Les investisseurs qui ont tenu bon ont, pour la plupart, regagné leurs pertes dès l’année suivante.

L’intelligence artificielle : innovation ou nouvelle bulle ?

Selon William Higgons, l’IA s’inscrit dans la longue série des révolutions technologiques surestimées au départ.
Depuis le chemin de fer au XIXᵉ siècle jusqu’à Internet dans les années 2000, le scénario se répète : un changement réel, porteur, mais accompagné d’attentes irréalistes.
Aujourd’hui, les valorisations des entreprises liées à l’IA atteignent des niveaux historiques, à l’image de Nvidia, qui a franchi la barre des 5 000 milliards de dollars de capitalisation. Pour Higgons, « c’est probablement excessif ». L’histoire montre qu’identifier une révolution ne garantit pas d’en tirer profit. « Même si vous aviez vu venir les ordinateurs dans les années 1940, vous n’auriez pas forcément investi dans IBM, la seule survivante. »
Sa conviction : dans un monde capitaliste, les profits attirent la concurrence, et la concurrence finit par rogner les marges. Ce cycle naturel empêche la majorité des pionniers de rester dominants.

Tesla, Nvidia, IA : des rêves aux réalités

L’exemple de Tesla illustre selon lui le phénomène classique de la surévaluation. L’entreprise a transformé l’industrie automobile, mais la concurrence chinoise remet déjà en cause sa domination.
Même logique pour Nvidia : les investisseurs s’extasient devant une technologie qu’ils comprennent à peine. Higgons prévient : d’ici dix ans, de nouveaux acteurs auront probablement émergé, et la position de Nvidia ne sera plus la même.
Ce qu’il critique, ce n’est pas la technologie, mais la spéculation : « Les investisseurs surévaluent systématiquement les ruptures industrielles ». L’IA ne fait pas exception.

Comment investir dans un monde incertain ?

Pour William Higgons, la stratégie gagnante ne change pas :

  • Ne pas parier sur l’avenir, mais sur des sociétés solides et rentables aujourd’hui.
  • Éviter les valeurs dont le price earning ratio (PER) dépasse 20.
  • Ne pas se laisser griser par les “modes” d’investissement.
    Il reconnaît que l’IA transforme les métiers, notamment l’informatique, mais préfère s’en tenir à des sociétés sous-valorisées et capables de s’adapter. Paradoxalement, certaines entreprises que le marché délaisse — comme Téléperformance ou Ipsos — pourraient bien tirer parti de l’IA pour se réinventer.

L’or, la peur et la lucidité

Quand Amaury de Tonquédec l’interroge sur ses propres placements, Higgons évoque l’or. « Je n’en ai jamais acheté, mais aujourd’hui, le monde est plus incertain qu’avant », confie-t-il.
Entre tensions géopolitiques, dettes publiques record et retrait progressif des États-Unis de leur rôle de gendarme mondial, il considère le métal jaune comme une couverture contre l’imprévisibilité.
Le Bitcoin, en revanche, ne trouve pas grâce à ses yeux : « Une monnaie sans État n’a pas de valeur ».

Les marchés émergents : une promesse fragile

Interrogé sur les opportunités géographiques, Higgons reste prudent. Les marchés émergents — Chine, Inde, Afrique — n’ont pas tenu leurs promesses selon lui.
Il rappelle que la rentabilité marginale du capital y est souvent faible et que les cadres juridiques manquent de transparence. Investir là-bas revient souvent à parier sur des gouvernements plus qu’à analyser des entreprises.
Sa conclusion est sans appel : « Dès qu’on vous dit qu’il faut investir dans un pays, c’est déjà trop tard. »

Conclusion

Pour William Higgons, l’intelligence artificielle suit le même schéma que toutes les grandes révolutions économiques : réelle sur le fond, exagérée dans ses promesses.
Le meilleur moyen de traverser les crises reste le même qu’hier : éviter les modes, rester patient et investir dans la valeur réelle plutôt que dans l’enthousiasme collectif.
L’IA bouleversera sans doute le monde du travail et des entreprises. Mais pour l’investisseur averti, elle ne change rien à la règle d’or : ne jamais confondre innovation et rentabilité.

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