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L’industrie financière a transformé l’investissement en produit de grande consommation : private equity à 1 €, gestion passive, ETF, DCA automatisée… Mais cette démocratisation cache un piège redoutable : des idées reçues qui vous forcent à investir sans vous poser les bonnes questions.

Mathieu Vaissié est directeur associé de Ginjer AM et chargé de cours en gestion d’actifs à l’Université Paris Dauphine.

Au micro de Matthieu Stefani, il déconstruit 10 croyances populaires qui vous font perdre de l’argent.

La démocratisation de la finance : quand l’investissement devient un produit de masse

L’industrie financière connaît une transformation radicale comparable à la révolution industrielle du début du XXe siècle. Private equity accessible dès 1 €, fractionnalisation généralisée, ETF pour tous : l’investissement se démocratise et se standardise. Cette taylorisation apparente facilite l’accès, mais crée un risque systémique majeur. Quand des millions d’épargnants achètent les mêmes produits via les mêmes plateformes, que se passe-t-il lors du prochain krach ?

Mythe n° 1 : L’investissement est la clé de la richesse

L’investissement ne crée pas la richesse, il la préserve et la fait fructifier. La vraie source d’enrichissement reste votre capacité à générer des revenus via votre travail, votre entreprise ou vos compétences. Un salarié qui épargne 20 % de 3 000 € mensuels pendant 30 ans avec 7 % de rendement atteint 350 000 €. Impressionnant, mais pas millionnaire. L’investissement protège de l’inflation et construit un complément retraite, mais ne transforme pas un salaire moyen en fortune.

Mythe n° 2 : C’est facile de gérer soi-même son argent

Les plateformes modernes donnent l’illusion que l’investissement est simple : trois clics et votre argent est placé. La réalité est brutale. Comprendre l’allocation d’actifs, la corrélation entre classes d’actifs, les cycles économiques, la fiscalité optimale demande des centaines d’heures d’apprentissage. La plupart des investisseurs particuliers sous-performent les indices justement parce qu’ils surestiment leur maîtrise du sujet. La simplicité apparente des outils cache la complexité réelle des marchés financiers.

Mythe n° 3 : La volatilité est le principal risque

La volatilité mesure les fluctuations de prix, pas le risque réel de perte permanente de capital. Une action qui oscille de -20 % à +30 % est volatile, mais peut être un excellent investissement long terme. Le vrai risque réside dans la perte définitive : faillite d’entreprise, bulle spéculative, mauvais timing de sortie. Un portefeuille peu volatil peut dissimuler des risques cachés de liquidité ou de concentration. Confondre volatilité et risque conduit à des décisions d’investissement sous-optimales basées sur la mauvaise métrique.

Mythe n° 4 : La diversification est gratuite

La théorie moderne du portefeuille présente la diversification comme un « free lunch » : réduire le risque sans sacrifier le rendement. En pratique, surdiversifier dilue vos gains potentiels. Un portefeuille de 50 lignes génère des frais de gestion élevés et une performance médiocre. Les plus grandes fortunes se sont construites par concentration, pas par diversification. La diversification intelligente existe, mais elle n’est ni gratuite ni illimitée. Trouver le bon équilibre entre concentration et diversification reste l’art difficile de l’investissement.

Mythe n° 5 : Frais bas = meilleure performance

Les frais impactent la performance, mais ce raisonnement mécanique ignore la qualité de gestion. Un fonds actif à 1,5 % de frais qui superforme de 3 % son indice bat un ETF à 0,2 % de frais qui réplique passivement. Le problème : 90 % des gérants actifs ne battent pas leur indice sur 10 ans. Les frais bas sont essentiels pour la gestion passive, mais un bon gérant actif justifie ses frais. L’erreur consiste à choisir uniquement selon les frais sans analyser la stratégie et le track record.

Mythe n° 6 : Les thèmes populaires rapportent plus

Quand tout le monde parle d’un thème d’investissement (IA, métavers, hydrogène), les valorisations ont déjà explosé. Investir sur les tendances populaires vous fait acheter au pic médiatique, rarement au bon prix. Les meilleures performances proviennent d’investissements contrariants : acheter ce que personne ne veut, vendre ce que tout le monde s’arrache. La popularité d’un thème signale souvent la fin du cycle haussier, pas son début. Méfiez-vous des modes et des effets de foule.

Mythe n° 7 : Il faut timer le marché en période d’incertitude

Vendre en période d’incertitude semble rationnel : préserver son capital, attendre que ça se calme. Problème : les périodes d’incertitude sont permanentes. COVID, guerre, inflation, élections, crise bancaire… il y a toujours une bonne raison de ne pas investir. Les plus gros rebonds boursiers surviennent pendant les crises, pas après. Rater les 10 meilleures journées du S&P500 sur 20 ans divise votre rendement par deux. Le market timing ne fonctionne pas, car personne ne prédit les retournements.

Mythe n° 8 : « Cette fois, c’est différent »

La phrase la plus dangereuse de la finance. Chaque bulle se croit unique et justifiée par de nouveaux paradigmes. Bulle Internet en 2000, immobilier en 2008, cryptos en 2021 : à chaque fois, des arguments rationnels expliquent pourquoi « cette fois c’est différent ». Les fondamentaux économiques n’ont pas changé. Les cycles se répètent avec des habillages différents. L’euphorie collective finit toujours mal. L’humilité face à l’histoire des marchés bat l’arrogance intellectuelle du « nouveau paradigme ».

Mythe n° 9 : Le DCA est infaillible

Investir mécaniquement la même somme tous les mois (Dollar Cost Averaging) lisse le prix d’achat et réduit le risque de mal timer. En théorie. En pratique, la vie interfère : une dépense imprévue, une baisse de revenus, une panique lors d’un krach. Personne n’applique le DCA parfaitement sur 30 ans. De plus, statistiquement, investir un capital en une fois bat le DCA dans 66 % des cas, car les marchés montent plus souvent qu’ils ne baissent. Le DCA rassure psychologiquement, mais n’est pas optimal financièrement.

Mythe n° 10 : Plus de diversification = moins de risque

Au-delà d’un certain seuil (15-20 positions), diversifier davantage n’apporte plus de réduction de risque, mais dilue la performance. Pire, la fausse diversification existe : détenir 10 ETF différents qui investissent tous dans les mêmes GAFAM n’est pas de la diversification. La corrélation entre actifs explose lors des crises : actions, obligations, or, immobilier chutent simultanément. La vraie diversification demande d’investir dans des actifs véritablement décorrélés, ce qui est de plus en plus difficile dans un monde financier interconnecté et standardisé.

Ils citent les références suivantes :

Ainsi que d’anciens épisodes de La Martingale :

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*Source : Benchmark de novembre 2025 réalisé par Les Echos Études.