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Le PEA attire pour une raison simple : c’est l’une des enveloppes les plus efficaces pour investir en actions européennes avec un cadre fiscal incitatif à partir de cinq ans de détention. Mais une fois le PEA ouvert, la vraie question commence. Qu’est-ce qu’on met dedans, sur quels secteurs se positionner et surtout comment éviter l’erreur la plus fréquente : investir sans stratégie, puis paniquer au premier trou d’air.

L’objectif ici n’est pas de « donner des tuyaux » ni de promettre un rendement. L’objectif est de comprendre une méthode : comment raisonner par secteurs, par niveaux de risque, et par discipline d’exécution, en restant dans une logique PEA.

Avant de choisir une action, distinguer la société… du titre

Un point de méthode change tout : on peut admirer une société, reconnaître qu’elle est excellente et pourtant décider de ne pas détenir son action à un instant T. La raison est simple : le marché ne rémunère pas seulement la qualité d’une entreprise, il rémunère aussi un timing, un flux d’acheteurs et la psychologie collective.

Dit autrement : tomber amoureux d’une entreprise peut être sain. Tomber amoureux d’un cours de bourse est dangereux. Une action peut être brillante… et traverser des phases où la détenir devient psychologiquement coûteux (volatilité, baisse prolongée, incertitudes), au point que beaucoup capitulent avant le redémarrage.

Cette distinction sert de fil rouge : on ne construit pas un PEA avec des « coups de cœur », on le construit avec une logique d’allocation et de gestion du risque.

Banques européennes : un secteur toujours porteur, mais à surveiller comme un cycle

Parmi les secteurs mis en avant, les banques européennes occupent une place centrale. Le raisonnement n’est pas de dire qu’elles monteront indéfiniment, mais que le contexte reste favorable tant que les signaux de marché ne se retournent pas.

La notion clé est celle de leadership sectoriel. Tant que les banques surperforment le marché, elles conservent leur intérêt. Le vrai signal d’alerte n’est pas une baisse immédiate, mais une phase où elles cessent de faire mieux que le reste du marché avant de se faire dépasser par d’autres secteurs.

Pour ceux qui ne souhaitent pas sélectionner des titres un par un, un ETF bancaire européen permet de s’exposer au thème sans arbitrer entre établissements, au prix d’une exposition plus large.

Défense : après les grandes valeurs, l’intérêt se déplace vers les mid caps

Le secteur de la défense européenne reste porteur, mais avec une nuance importante. Les grandes capitalisations montrent des signes de pause, tandis que certaines mid caps conservent une dynamique plus favorable.

Pourquoi ? Parce que un même contrat pèse beaucoup plus lourd dans le chiffre d’affaires d’une entreprise de taille intermédiaire. Le potentiel de croissance y est donc souvent plus visible, même si le risque est aussi plus élevé.

L’enseignement est clair : quand un thème a déjà beaucoup monté, le potentiel ne disparaît pas forcément, il se déplace.

Semi-conducteurs : un leader évident, et un second cercle plus lié au cycle automobile

Sur les semi-conducteurs, la hiérarchie est nette. Certaines entreprises bénéficient d’un momentum fort, soutenu par les besoins liés aux data centers et à l’IA. D’autres restent plus dépendantes du cycle automobile, aujourd’hui plus incertain.

La logique exposée est pragmatique : ne pas acheter par principe, mais attendre des signaux plus lisibles pour les valeurs les plus cycliques. Cela ne remet pas en cause leur qualité, mais reconnaît que le contexte peut rendre leur trajectoire plus heurtée à court et moyen terme.

Le thème transversal qui relie tout : l’électrification et le besoin d’énergie

Un thème structurel relie plusieurs secteurs : l’explosion des besoins énergétiques. Avoir des puces et des serveurs ne suffit pas. Il faut de l’électricité, des réseaux, du stockage et des matériaux pour transporter cette énergie.

Ce thème irrigue des entreprises classées dans des secteurs différents : industrie, énergie, services aux collectivités, infrastructures. C’est aussi pour cette raison que les ETF sectoriels peuvent être imparfaits : le thème est réel, mais il traverse plusieurs classifications.

La bonne question devient alors : quel besoin structurel est en train de monter, plutôt que « quel secteur acheter ».

Matières premières et métaux : puissants, mais à manier avec méthode

Les métaux et matières premières peuvent offrir des performances spectaculaires, mais au prix d’une forte volatilité. L’historique montre que la performance ne se fait pas de manière linéaire sur dix ans, mais souvent par cycles très marqués.

L’erreur classique consiste à les surpondérer dans un portefeuille déjà exposé aux banques et à la technologie. Le résultat est un portefeuille émotionnellement difficile à tenir. La discipline consiste donc à limiter la pondération et à équilibrer avec des secteurs plus défensifs.

L’or est-il une valeur refuge ? Réponse nuancée

L’or est souvent présenté comme une valeur refuge, mais la réalité est plus nuancée. Lors de certaines corrections de marché, l’or peut aussi baisser, parfois violemment à court terme.

Conclusion pédagogique : l’or peut jouer un rôle dans une allocation, mais il ne doit pas être perçu comme une assurance automatique. Les minières ajoutent un niveau de risque supplémentaire, avec des cycles très marqués entre phases de pertes et périodes de forte rentabilité.

Investir d’un coup ou lisser (DCA) : la meilleure stratégie, c’est celle que vous tenez

Deux situations doivent être distinguées.
Si vous disposez d’une capacité d’épargne régulière, investir à date fixe permet de maintenir une discipline et d’éviter les décisions émotionnelles.
Si vous investissez une somme importante d’un coup, les statistiques favorisent l’investissement immédiat, mais le risque psychologique est réel en cas de baisse rapide.

La conclusion n’est pas dogmatique : la meilleure stratégie est celle qui vous évite de sortir au mauvais moment. Rater quelques points de performance est secondaire. Abandonner la stratégie est la vraie erreur.

Euro Stoxx 50 vs exposition US dans le PEA : penser aussi au risque de change

S’exposer aux marchés américains via le PEA implique souvent un risque de change. Une baisse du dollar peut effacer une partie de la performance en euros, même si les marchés montent.

Des solutions couvertes existent, mais elles coûtent plus cher en frais. Là encore, il s’agit d’un arbitrage conscient, pas d’une règle universelle.

Deux questions cash qui éclairent la philosophie de long terme

Sur dix ans, l’ETF possède une force structurelle : il renouvelle automatiquement les entreprises qui composent l’indice. Les sociétés en croissance entrent, celles qui déclinent sortent.

En pratique, l’ETF fait le travail que beaucoup d’investisseurs n’arrivent pas à faire eux-mêmes, par manque de temps ou par attachement émotionnel à leurs lignes.

Ce qu’il faut retenir

Un PEA efficace repose sur une stratégie claire, une allocation équilibrée et une discipline durable. Banques, défense, semi-conducteurs, énergie et matières premières peuvent cohabiter, à condition de ne pas construire un portefeuille impossible à tenir émotionnellement.

La meilleure stratégie n’est pas celle qui brille sur le papier. C’est celle que vous êtes capable de suivre sur la durée, sans paniquer.

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