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26.03.2026
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Entre la menace qui pèse sur les sociétés SaaS, l’explosion du taux de défaut de la dette privée, et le contexte géopolitique, une atmosphère de crise plane sur les marchés. Comment se positionner ?
Anne-Laure Frischlander-Jacobson est conseillère en investissement et fondatrice de Evevest, une plateforme de conseil en investissement pour particuliers.
Au micro de Matthieu Stefani, Anne-Laure analyse l’environnement économique actuel (mars 2026) et nous partage son analyse.
Quelle est la situation sur les marchés début mars 2026 ?
Début mars 2026, les marchés affichent des valorisations historiquement élevées dans un contexte géopolitique tendu. Le CAPE Shiller du S&P 500 atteint 44, un niveau identique à celui de l’an 2000 juste avant l’éclatement de la bulle Internet. Cette métrique signale traditionnellement une surévaluation dangereuse.
La concentration du marché amplifie ce risque. Les Magnificent 7 (Apple, Microsoft, Google, Amazon, Meta, NVIDIA, Tesla) représentent désormais 35 % de la capitalisation totale du S&P 500. Contrairement à la bulle de 2000 où le e-commerce était une promesse, l’intelligence artificielle transforme déjà réellement l’économie, rendant la bulle plus insidieuse et difficilement détectable.
Le contexte géopolitique ajoute une incertitude majeure. Les premières frappes en Iran début mars créent une volatilité immédiate. Les investisseurs naviguent entre deux scénarios : un « peace positive » avec résolution des conflits qui propulserait les marchés, ou une escalade qui déclencherait une correction brutale.
Quels sont les principaux risques pour les investisseurs en 2026 ? Y a-t-il une bulle financière ?
Le premier risque concerne la dette privée dont le taux de défaut est passé de 5 % à 15 % en deux ans. Cette dette a massivement financé les sociétés SaaS et ESN dont les modèles économiques sont menacés par l’IA. Les prêteurs découvrent que les entreprises ne génèrent plus les cash-flows promis pour rembourser.
Le private equity cache des zombies : des startups SaaS survalorisées en 2020-2021, aujourd’hui en « mark-to-magic » (valorisations fictives tant qu’aucune transaction ne fixe un prix réel). Personne ne vend pour ne pas cristalliser la perte, créant une illusion déconnectée de la réalité économique.
Les data centers présentent un risque temporel : financés sur 5 à 10 ans alors que les processeurs ont 18 mois de durée de vie. Dans trois ans, les GPU actuels seront obsolètes, mais la dette courra encore pendant sept ans, créant un décalage entre amortissement financier et obsolescence technologique.
Qu’est-ce que le « SaaSpocalypse » ?
Le SaaSpocalypse désigne la disruption massive des sociétés de logiciels (SaaS) par l’IA. De nombreuses startups SaaS ne sont que des « wrappers d’OpenAI » : une interface qui facturait 50 à 200 € par mois pour des fonctionnalités désormais accessibles via ChatGPT pour 20 €. Les ESN subissent le même choc : l’IA automatise 30 à 50 % des tâches de développement, tests et documentation. Les clients réduisent leurs commandes, les marges s’effondrent. Le SaaSpocalypse n’est pas une prédiction, mais une réalité observable dans les résultats trimestriels depuis début 2025.
Où investir dans un tel environnement ?
Face à ces risques, Anne-Laure Frischlander recommande de se concentrer sur les « belles endormies » : des secteurs solides, mais délaissés par les investisseurs obsédés par la tech.
La pharma représente l’opportunité la plus spectaculaire. L’IA va réduire le temps de développement d’un nouveau médicament de 15 ans à 2-5 ans en automatisant la découverte de molécules, l’optimisation préclinique, et l’analyse de données d’essais cliniques. Cette accélération transformera radicalement la rentabilité des laboratoires tout en gardant les barrières réglementaires qui protègent leurs marges. Des sociétés comme Sanofi, Roche, Novartis sont sous-valorisées alors qu’elles vont capturer massivement la valeur créée par l’IA.
Les infrastructures lourdes (Vinci, Bouygues, Eiffage) et les énergies renouvelables bénéficient d’un besoin massif de construction pour alimenter les data centers en électricité. Un data center de taille moyenne consomme autant qu’une ville de 50 000 habitants. La multiplication de ces infrastructures nécessite des investissements colossaux en réseaux électriques, centrales solaires et éoliennes, stockage d’énergie. Ces secteurs offrent visibilité, dividendes stables, et croissance structurelle.
Les assurances (Allianz, AXA, Generali) et certaines valeurs de qualité (Schneider Electric pour l’électrification) combinent solidité bilancielle, dividendes réguliers, et décote de valorisation par rapport aux tech. Ces sociétés traversent les crises, génèrent du cash, et offrent une protection contre la volatilité tout en capturant une partie de la croissance mondiale.
L’importance des fondamentaux en investissement
Après quinze ans de marchés drivés par les banques centrales (QE, taux négatifs), les fondamentaux reprennent leurs droits : analyser les bilans, comprendre les modèles économiques, vérifier la génération de cash-flow.
La diversification constitue la règle d’or : ne jamais concentrer plus de 20 à 30 % sur une classe d’actifs. Combiner actions, obligations, immobilier, et fonds alternatifs (long short, market neutral) pour naviguer l’incertitude. L’allocation géographique mérite attention : émergents (Amérique latine, Asie hors Chine) offrent valorisations décotées et croissance démographique.
Accepter de se faire accompagner devient essentiel. L’approche institutionnelle (analyse fondamentale, diversification, horizon long terme, limitation des frais) doit se démocratiser pour éviter les erreurs coûteuses de l’investissement émotionnel ou momentum driven.
Avantages :
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**D’après une simulation réalisée par les Echos Etudes des frais minimums s’appliquant pendant 8 ans sur les contrat d’un panel représentatif (voir méthodologie complète et comparatifs des frais dans l’étude des Echos Etudes).
