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Entre incertitude politique, fiscalité mouvante et climat économique tendu, beaucoup d’épargnants se demandent s’il est encore possible d’investir sereinement en France. Dans cet épisode, Amaury de Tonquédec échange avec Stéphane Absolu (fiscaliste, fondateur de Pyxis conseil) et Jérôme Dedeyan (Mon Partenaire Patrimoine) autour du projet de loi de finances 2026 et de ses effets concrets sur les investisseurs.

L’idée centrale n’est pas “faut-il fuir”, mais plutôt : comment éviter les mauvaises décisions quand les règles fiscales bougent, parfois avec peu de visibilité… et parfois même avec une forme de rétroactivité.

Un contexte d’incertitude… auquel il faut apprendre à vivre

Le point de départ de l’épisode est simple : l’époque est “le bazar”, et pas uniquement en France. Jérôme Dedeyan décrit un environnement international instable, fait de tensions géopolitiques, d’incertitudes économiques et de mouvements de marché. Pour autant, il insiste sur une lecture utile pour l’investisseur : l’incertitude n’est pas nouvelle, et les marchés ont toujours avancé avec des phases de volatilité.

Sa recommandation n’est pas de “deviner” les annonces à venir, mais de revenir à des principes de bon sens : regarder où l’on est en plus-value, sécuriser une partie de cette plus-value si on en a besoin à court terme, et ne pas paniquer au moindre repli de marché. Il rappelle aussi qu’une correction n’est pas forcément une catastrophe : elle peut être un moment de respiration.

Le signal fiscal le plus clair : la hausse de la CSG (et son effet rétroactif)

Le cœur du sujet arrive vite : la hausse de la CSG, présentée comme actée dans le cadre de la loi de financement de la Sécurité sociale, et donc distincte du PLF stricto sensu.

Un point provoque une réaction très forte dans l’échange : l’idée d’une application rétroactive sur une partie des revenus / plus-values 2025, puisque la hausse est intégrée au moment où l’impôt est définitivement “libéré” lors de la déclaration. Concrètement, le message donné à l’auditeur est : si vous avez pris des gains en 2025, vous ne pouvez pas revenir en arrière.

C’est surtout, dans leur analyse, un problème de visibilité : quand les règles changent vite et de façon difficile à anticiper, cela augmente mécaniquement l’inconfort et peut pousser à des décisions extrêmes (arrêt d’investissement, départ, gel des projets).

Ce que la hausse de CSG touche… et ce qu’elle ne touche pas (dans l’épisode)

Les intervenants passent ensuite au point pratique : tout ne serait pas touché de la même manière, et c’est justement ce qui ajoute de la complexité.

Dans la transcription, l’idée est formulée ainsi : la hausse vise davantage ce qui serait considéré comme “ne faisant pas tourner la machine”, et elle s’appliquerait à une grande partie des placements financiers, avec une exception importante : l’assurance-vie, qui est présentée comme “en dehors” de cette hausse. À l’inverse, les revenus immobiliers (revenus fonciers) sont présentés comme restant à un taux de CSG distinct (17,2 dans l’échange).

Ce point sert à poser un diagnostic : on se retrouve avec des situations contre-intuitives. Exemple donné : des actions dans un PEA pourraient être plus pénalisées via cette hausse, alors que les mêmes actions logées en assurance-vie ne le seraient pas dans cette logique.

Le résultat, selon Jérôme Dedeyan : on “marche sur la tête” et on crée une usine à gaz. Mais surtout, cela pousse les épargnants à se demander s’il faut changer d’enveloppe.

Faut-il basculer vers l’assurance-vie et abandonner le PEA ?

C’est l’une des questions les plus importantes de l’épisode, et les deux invités évitent une réponse simpliste.

Jérôme Dedeyan reconnaît qu’un raisonnement “froid” peut conduire à orienter les nouveaux versements vers l’assurance-vie (si elle est multisupport), puisqu’elle apparaît protégée dans le cadre décrit. Mais il met immédiatement une limite : faire un pari total sur une seule enveloppe fiscale est risqué, parce que personne ne peut garantir que ce ne sera pas l’assurance-vie qui sera “cartouchée” plus tard via une loi rectificative.

Autrement dit, la recommandation devient : ne pas remplacer un risque par un autre.
Ce qu’ils défendent, c’est l’idée de diversification fiscale : répartir son patrimoine entre plusieurs enveloppes (PEA, assurance-vie, PER…) pour ne pas dépendre d’une règle unique.

PEA, PER, immobilier : remettre les chiffres à plat avant de conclure

Stéphane Absolu ajoute une nuance essentielle : comparer PEA / placements financiers et immobilier ne peut pas se faire uniquement sur la CSG. Il rappelle que les revenus fonciers passent par le barème de l’impôt sur le revenu, et peuvent donc monter très haut selon la situation fiscale. Sa conclusion : même avec une hausse, une fiscalité “type flat tax” peut rester plus basse que l’imposition d’un revenu foncier.

Jérôme Dedeyan fait la même logique sur le PER. Dans l’épisode, il insiste sur l’avantage à l’entrée : le PER permet, quand on verse, de bénéficier d’un gain fiscal lié à la tranche marginale d’imposition. Son raisonnement est : si l’on économise 30, 41 ou 45% à l’entrée, le sujet n’est pas de paniquer sur une hausse à la sortie, mais de comprendre l’effet de levier (investir 100 plutôt que 55, et laisser capitaliser).

L’idée de fond est cohérente tout au long de l’épisode : une décision patrimoniale se prend sur un horizon, pas sur un ajustement ponctuel.

“Pour la plupart des gens”, peu d’arbitrages urgents… sauf la méthode

À un moment, Jérôme Dedeyan explique que pour les épargnants qui ne sont ni dans les seuils de hauts revenus évoqués, ni concernés par des holdings importantes, le projet de loi n’impliquerait pas forcément de grands arbitrages immédiats.

Mais il ajoute une alerte plus globale : à long terme, si certaines mesures augmentent la pression sur les entreprises, cela finit par toucher tout le monde. Sa lecture est pessimiste sur la suite, notamment parce qu’il anticipe une discussion future autour d’un texte correctif.

Même si l’auditeur n’a “rien à faire” tout de suite, le vrai changement est ailleurs : la méthode. Ils proposent de piloter son patrimoine avec une logique de consolidation : regarder son allocation globale, toutes enveloppes confondues, et ajuster en fonction de l’horizon de temps et du risque accepté.

Les holdings : quand l’impôt sur les sociétés devient un outil patrimonial

La dernière grande partie (avant les questions cash) introduit un sujet plus technique mais présenté comme utile : les holdings.

Jérôme Dedeyan résume ce qu’il appelle deux logiques :

Holding animatrice : une société qui détient une entreprise opérationnelle (l’outil de travail) et joue un rôle de pilotage.

Holding patrimoniale : une société qui sert surtout de véhicule d’investissement long terme.

Stéphane Absolu insiste sur l’idée d’“encapsulement” : au lieu de réaliser des gains en direct avec une fiscalité “type flat tax” évoquée comme élevée, on peut loger certains investissements dans une structure à l’impôt sur les sociétés, où le frottement fiscal sur certains gains est décrit comme beaucoup plus faible… tant que l’argent reste dans la société. Le point clé est ensuite celui-ci : quand on sort l’argent pour l’avoir “dans sa poche”, on repasse par la taxation applicable aux distributions (dividendes).

Donc le raisonnement devient très concret :
si vous n’avez pas besoin de cet argent à court/moyen terme, la holding peut permettre de limiter le frottement fiscal et de réinvestir plus efficacement.
Si vous en avez besoin tout de suite, l’intérêt se réduit.

Ils soulignent aussi deux limites : le coût de création / fonctionnement, et le fait que l’État observe ces stratégies (d’où l’idée d’une taxe holdings évoquée dans le PLF, avec un seuil mentionné à 5 millions dans l’échange).

Conclusion : peut-on encore investir en France ?

L’épisode ne dit pas “oui” ou “non” de manière binaire. Il dit plutôt :

Oui, on peut continuer à investir, mais il faut accepter que la fiscalité bouge et que la visibilité est faible.

Le réflexe clé est la diversification, non seulement des actifs (actions, immobilier, etc.), mais aussi des enveloppes (PEA, assurance-vie, PER…).

Avant de réagir à chaud, il faut comparer “à froid” : fiscalité, horizon, liquidité, besoin de cash.

Et pour ceux qui investissent à long terme, les outils à l’IS (type holding patrimoniale) sont présentés comme une option possible, à condition d’accepter l’encapsulement et les coûts.

En résumé : le PLF 2026 renforce l’idée qu’investir ne se pilote plus seulement comme une allocation financière. Il faut désormais piloter aussi un risque fiscal, exactement comme on pilote un risque de marché.

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