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Pour Alexandre Laizet, Bitcoin est entré dans une nouvelle phase. Avec l’arrivée des ETF, des entreprises cotées et même des États, une part croissante des bitcoins est désormais détenue par des acteurs qui ont vocation à les conserver sur le long terme. Au micro de Matthieu Stefani, il décrypte cette institutionnalisation du Bitcoin, le fonctionnement des Bitcoin Treasury Companies et les nouvelles façons de s’exposer à cet actif sans nécessairement le détenir directement.

Bitcoin est-il en train de devenir un actif institutionnel ?

Pour Alexandre, le véritable tournant intervient en 2024 avec l’arrivée des ETF Bitcoin aux États-Unis. Selon les chiffres qu’il avance dans l’épisode, environ 20 % des bitcoins seraient désormais détenus par des institutions, contre 10 % auparavant. Sociétés cotées, fonds, ETF et gouvernements accumulent progressivement cet actif avec, pour beaucoup, une logique différente de celle du trading : acheter pour conserver.

Cette évolution pourrait aussi modifier le comportement du Bitcoin. Alexandre constate que sa volatilité s’est réduite par rapport aux premiers cycles, tout en rappelant que davantage d’adoption ne signifie pas nécessairement moins de volatilité à l’avenir. Si une part croissante des bitcoins disponibles est conservée à long terme, la quantité réellement échangée pourrait elle aussi diminuer. Une chose ne change pas pour autant : il faut toujours être prêt à encaisser des baisses de 50 à 70 %, prévient-il.

Capital B : pourquoi acheter une action plutôt que directement du Bitcoin ?

C’est précisément sur cette institutionnalisation que repose Capital B, dont Alexandre présente la stratégie. La société cotée à Paris se définit comme la première Bitcoin Treasury Company en Europe. Au moment de l’enregistrement, Alexandre indique qu’elle détient 3 521 bitcoins et qu’elle a levé 330 millions d’euros en moins de deux ans.

L’objectif n’est pas simplement d’acheter du Bitcoin avec l’argent des investisseurs. Capital B cherche à augmenter progressivement le nombre de bitcoins détenus par action grâce aux outils accessibles à une société cotée : augmentations de capital, obligations convertibles et, potentiellement, d’autres instruments de financement. Contrairement à un ETF qui cherche principalement à reproduire l’exposition au Bitcoin, l’action peut donc amplifier sa performance… mais également ses risques. Alexandre rappelle d’ailleurs que l’action Capital B a déjà connu de très fortes variations lorsque la prime accordée par le marché s’est comprimée.

Pour un investisseur français, cette structure présente aussi une particularité : Capital B est accessible via le PEA. Ce n’est pas du Bitcoin, insiste Alexandre, mais une façon d’obtenir une exposition indirecte à son évolution dans un portefeuille boursier traditionnel. L’action peut également être plus facilement prise en compte par une banque dans l’évaluation du patrimoine d’un client. En contrepartie, l’investisseur abandonne l’un des principes fondamentaux de la détention directe : la souveraineté sur ses bitcoins.

Détenir soi-même ses bitcoins est-il vraiment plus sûr ?

C’est l’un des dilemmes intéressants de l’épisode. Détenir ses bitcoins sur son propre wallet permet de ne pas dépendre d’une banque ou d’une société. Mais cette liberté implique également de prendre soi-même en charge sa sécurité. À l’inverse, Alexandre explique que les bitcoins de Capital B sont conservés auprès d’un acteur bancaire régulé et que tout mouvement implique plusieurs intervenants et procédures. Cette lenteur, habituellement perçue comme un défaut dans la finance traditionnelle, devient ici une protection.

Pour Alexandre, il ne faut donc pas nécessairement opposer les deux modèles. Il observe que certains détenteurs importants répartissent désormais leur exposition entre bitcoins détenus directement, institutions financières, ETF et Bitcoin Treasury Companies. Une diversification non pas entre plusieurs cryptomonnaies, mais entre plusieurs manières de détenir ou de s’exposer au Bitcoin.

Cette question de la sécurité devient d’autant plus importante avec l’évolution de la technologie. Sur le risque quantique, Alexandre estime qu’il reste aujourd’hui beaucoup d’incertitudes et explique que des travaux existent déjà pour adapter les mécanismes de signature de Bitcoin si nécessaire. Il considère en revanche les capacités offertes par l’IA comme un risque plus immédiat pour certaines solutions de conservation. Pour lui, même la self-custody nécessite désormais des processus de sécurité de plus en plus exigeants.

Jusqu’où Bitcoin peut-il aller ?

Alexandre assume une vision très long terme. Il dit vivre selon un « standard Bitcoin » : plutôt que de mesurer uniquement ses investissements en euros, il compare leur performance à celle du Bitcoin. C’est aussi ce qui nourrit sa conviction que Bitcoin pourrait devenir une réserve de valeur majeure dans une économie de plus en plus numérique.

Interrogé par Matthieu Stefani sur le prix qu’il imagine dans dix ans, il avance potentiellement 5 millions d’euros d’aujourd’hui, tout en reconnaissant qu’il est incapable de dire si Bitcoin dépassera 200 000 dollars dans les douze prochains mois. Sa projection repose donc sur une hypothèse de croissance annualisée à long terme et non sur une prédiction à court terme.

Et lorsqu’on lui demande s’il est encore possible de devenir riche avec Bitcoin en 2026, Alexandre déplace finalement la question. Pour lui, la richesse tient aussi à la possibilité de disposer d’une réserve de valeur que personne ne peut créer à volonté.

Sa martingale : avoir la foi et investir en soi

Pour terminer, Matthieu Stefani tente de lui faire choisir une martingale qui ne soit pas Bitcoin. Alexandre en donne finalement une beaucoup plus personnelle : avoir la foi et investir en soi. La foi en Dieu, la foi dans l’avenir, mais aussi l’investissement dans ses propres capacités.

À ses yeux, il existe même quelque chose qui peut « surperformer » Bitcoin : investir en soi. Une conclusion qui tranche avec les mécanismes financiers détaillés pendant l’épisode, mais qui résume bien sa vision de l’investissement sur le temps long.

Merci à notre partenaire Fundora de soutenir la Martingale.

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