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25.08.2026
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Pendant des années, investir en Bourse a souvent rimé avec États-Unis. S&P 500, Nasdaq, MSCI World : les investisseurs européens ont largement profité de la puissance de Wall Street et de la croissance des géants américains de la technologie.
Le problème, c’est que cette stratégie a aussi créé une forte concentration. Le MSCI World est aujourd’hui composé à plus de 70 % d’actions américaines, alors que les États-Unis représentent environ 20 à 25 % du PIB mondial. Autrement dit, investir dans « le monde » revient en réalité à investir très largement aux États-Unis.
Et pendant que l’épargne européenne finance les champions américains, l’Europe doit trouver les capitaux nécessaires pour moderniser ses infrastructures, renforcer son industrie et retrouver davantage d’autonomie.
L’Europe a besoin de son épargne
L’Europe ne manque pas forcément d’argent. Elle manque surtout d’une meilleure orientation de cette épargne vers ses entreprises.
Le sujet devient particulièrement important avec le retour de la souveraineté européenne au centre des préoccupations. Énergie, défense, cybersécurité, infrastructures ou réindustrialisation : de nombreux secteurs nécessitent des investissements importants dans les prochaines années.
La question est donc simple : si l’épargne européenne ne finance pas la modernisation des usines, des réseaux énergétiques ou des infrastructures du continent, qui le fera ?
Cette réflexion dépasse d’ailleurs le simple patriotisme économique. L’Europe possède aussi des entreprises capables de jouer un rôle majeur dans ces transformations.
Des champions européens que les investisseurs connaissent mal
Quand on parle d’innovation, les premiers noms qui viennent à l’esprit sont souvent américains. Pourtant, l’Europe possède elle aussi des entreprises positionnées sur des marchés stratégiques.
Schneider Electric profite par exemple des besoins croissants en électrification et en infrastructures. Saint-Gobain est exposé à la rénovation et à l’efficacité énergétique. Veolia développe de nouvelles solutions autour de l’eau et des infrastructures urbaines.
À Paris, le réseau de froid urbain exploité dans le cadre de Fraîcheur de Paris illustre cette capacité d’innovation. L’objectif est notamment de permettre à davantage d’immeubles de se raccorder à un réseau collectif de refroidissement, plutôt que de multiplier les systèmes individuels de climatisation.
Même Nokia, que beaucoup associent encore aux téléphones des années 2000, s’est repositionné sur les infrastructures de télécommunications et les réseaux.
Et la liste dépasse largement les entreprises françaises : Prysmian en Italie, Siemens Energy en Allemagne, Kongsberg en Norvège ou encore Puig en Espagne illustrent la diversité des entreprises européennes susceptibles de profiter de ces grandes transformations.
Souveraineté européenne : trois grandes tendances à surveiller
Derrière le thème de la souveraineté se cachent plusieurs transformations économiques de long terme.
La première concerne la réindustrialisation. L’Europe cherche à retrouver davantage de capacités de production et à sécuriser certaines chaînes d’approvisionnement.
La deuxième concerne l’énergie et les infrastructures. Moderniser les réseaux électriques, améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments ou adapter les infrastructures existantes nécessitera des investissements considérables.
Enfin, la défense et la cybersécurité prennent une place croissante. Les pays nordiques sont particulièrement intéressants sur ce terrain. La Finlande, par exemple, partage environ 1 450 kilomètres de frontière avec la Russie, ce qui contribue à placer les questions de défense, d’autonomie et de cybersécurité au cœur de ses préoccupations.
Ces thèmes sont d’ailleurs de plus en plus présents dans les stratégies d’investissement consacrées à la souveraineté européenne.
Le risque caché du MSCI World
Investir en Europe ne signifie pas nécessairement abandonner les États-Unis.
Les grandes entreprises américaines ont créé énormément de valeur ces dernières années et restent incontournables. Le problème apparaît surtout lorsque l’ensemble d’un portefeuille dépend des mêmes entreprises, des mêmes secteurs et du même marché.
C’est précisément ce qui peut arriver avec certains grands indices mondiaux.
La progression des géants américains de la technologie a mécaniquement augmenté leur poids dans les indices. Les investisseurs qui achètent régulièrement ces indices renforcent ensuite cette exposition.
Cela fonctionne très bien lorsque Wall Street progresse. Mais un ETF ne décide pas de réduire son exposition parce qu’une entreprise devient trop chère ou parce que son environnement se dégrade : il suit son indice.
Comme le résume Bertrand Merveille, l’investisseur en ETF « subit positivement mais aussi négativement le marché ».
Gestion passive ou gestion active ?
Cela ne signifie pas que les ETF sont à éviter. Les deux approches peuvent être complémentaires.
La gestion passive permet d’obtenir simplement une exposition à un marché. La gestion active cherche au contraire à sélectionner certaines entreprises et à adapter le portefeuille lorsque l’environnement change.
Elle permet également d’explorer des zones moins représentées dans les grands indices.
Dans le fonds européen évoqué par David Benmussa, par exemple, près de la moitié du portefeuille est constituée de petites et moyennes capitalisations, avec également une exposition importante aux entreprises nordiques. Ce sont précisément des sociétés qu’un investisseur français connaît parfois beaucoup moins bien que les géants américains.
La gestion active n’est évidemment pas une garantie de surperformance. Elle peut elle aussi se tromper. Bertrand Merveille cite notamment le Covid comme exemple de choc extérieur difficile à anticiper, qui avait fortement affecté certaines entreprises pourtant solides sur le plan fondamental.
Diversifier plutôt que remplacer
La question n’est donc probablement pas : « Faut-il vendre toutes ses actions américaines pour acheter européen ? »
Il s’agit plutôt de se demander si un portefeuille composé essentiellement de MSCI World, de S&P 500 ou de Nasdaq est réellement aussi diversifié qu’il en a l’air.
Réintroduire des actions européennes peut permettre de diversifier les zones géographiques, mais aussi les secteurs et les tailles d’entreprises auxquels son patrimoine est exposé.
Il faut également tenir compte du risque de change. Pour un investisseur dont le patrimoine est libellé en euros, une performance réalisée sur les marchés américains peut être amplifiée ou réduite par l’évolution du dollar face à l’euro.
Et il n’est pas nécessaire de chercher le moment parfait pour commencer. Investir progressivement et régulièrement permet d’éviter de faire dépendre toute sa décision d’un seul point d’entrée sur les marchés.
Investir européen sans sacrifier la performance
Reste une question essentielle : faut-il accepter de gagner moins simplement pour financer l’Europe ?
Pas nécessairement.
Le patriotisme ne peut pas être le seul critère d’investissement. Une entreprise reste un investissement : son modèle économique, sa valorisation, sa capacité à générer des bénéfices et ses perspectives doivent rester au centre de la décision.
Mais l’Europe dispose d’entreprises mondiales, parfois moins connues et valorisées différemment de leurs équivalents américains. C’est précisément ce qui attire également certains investisseurs internationaux, à la recherche d’entreprises de qualité à des valorisations européennes.
La souveraineté peut donc devenir un véritable thème d’investissement, à condition de ne pas la transformer en simple slogan.
Car derrière ce mot se trouvent des besoins très concrets : produire davantage en Europe, moderniser les infrastructures, sécuriser l’énergie, renforcer la défense et développer les technologies dont le continent aura besoin demain.
Et pour financer tout cela, l’Europe possède déjà une ressource considérable : l’épargne de ses habitants. La vraie question est désormais de savoir où nous voulons qu’elle travaille.
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