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30.07.2026
#328
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Depuis l’arrivée de ChatGPT, les investisseurs cherchent les futurs gagnants de l’intelligence artificielle. Faut-il investir dans les fabricants de puces ? Les laboratoires comme OpenAI ? Les éditeurs de logiciels ? Ou faut-il plutôt regarder les entreprises qui utilisent déjà l’IA pour transformer leur façon de travailler ?
Pour Paul-Antoine Tual, fondateur de Junyr.app, investir dans l’IA ne consiste pas à choisir les meilleurs modèles, mais à identifier les entreprises capables de transformer leur façon de travailler. Au micro de Matthieu Stefani, il décrypte les secteurs les plus exposés, les nouvelles opportunités créées par les agents IA et les indicateurs qui pourraient aider les investisseurs à repérer les futurs gagnants.
L’IA n’est plus un simple outil, elle transforme l’organisation des entreprises
Pour Paul-Antoine, l’IA représente une innovation de rupture, comparable à l’arrivée de l’informatique dans les entreprises dans les années 90. Mais cette fois, le changement ne concerne pas uniquement les outils : il touche directement la manière de travailler.
L’exemple le plus parlant est celui des agents IA. Contrairement aux assistants conversationnels qui répondent à une question, un agent peut recevoir une mission complète : consulter des documents, parcourir des bases de données, analyser des e-mails, effectuer des recherches ou exécuter une série d’actions avant de restituer un résultat. Il peut même répéter automatiquement cette mission plusieurs fois par jour ou fonctionner en continu. Pour Paul-Antoine, les collaborateurs vont progressivement devenir les managers de leurs propres équipes d’agents.
La prochaine bataille ne se jouera pas sur les modèles d’IA
Selon Paul-Antoine, les grands modèles de langage vont progressivement devenir une commodité. Les modèles open source gagnent rapidement en qualité tandis que leur coût diminue fortement. Les différences entre les principaux acteurs se réduisent, ce qui limite leur avantage concurrentiel à long terme.
Cela ne signifie pas que les géants de l’IA disparaîtront, mais que la valeur pourrait se déplacer ailleurs. Aujourd’hui, l’enjeu n’est plus uniquement de posséder le meilleur modèle, mais de construire tout ce qui l’entoure : les logiciels, les interfaces, les connexions avec les données de l’entreprise et les usages métiers. C’est ce que Paul-Antoine appelle le « harnais » qui entoure le modèle et permet de l’utiliser efficacement.
Les éditeurs de logiciels sont parmi les premiers concernés
L’un des secteurs que Paul-Antoine juge les plus exposés est celui des éditeurs de logiciels.
Pendant des années, développer un logiciel demandait plusieurs années de travail et une équipe importante. Aujourd’hui, grâce aux outils de développement assistés par l’IA, des entrepreneurs peuvent créer eux-mêmes des applications adaptées à leurs besoins. Certains experts-comptables, par exemple, développent déjà leurs propres outils plutôt que d’attendre une évolution de leur logiciel historique.
Dans le même temps, des milliers de nouveaux SaaS apparaissent chaque jour. Cette explosion de l’offre risque de rendre la concurrence beaucoup plus intense et de fragiliser les solutions généralistes qui reposaient jusqu’ici sur une forte barrière à l’entrée.
Les métiers ne vont pas disparaître… mais ils vont profondément évoluer
Contrairement à certaines prédictions, Paul-Antoine ne croit pas à une disparition massive des professions.
Pour lui, les métiers vont surtout changer de nature.
Le traducteur devient davantage un vérificateur qu’un traducteur pur. Le développeur devient chef de projet d’une équipe d’agents développeurs. Le designer conserve son expertise, mais s’appuie sur l’IA pour accélérer son travail. Même les avocats continueront d’exercer leur métier, mais ceux qui utiliseront l’IA disposeront d’une puissance d’analyse bien supérieure à ceux qui continueront à travailler seuls.
Comment reconnaître une entreprise réellement prête pour l’IA ?
Pour un investisseur, Paul-Antoine recommande de ne pas s’arrêter aux annonces marketing.
Selon lui, il faut évaluer la maturité IA d’une entreprise à travers plusieurs critères.
Le premier concerne la gouvernance. Lorsque le CEO porte lui-même la stratégie IA et que celle-ci fait partie des priorités de l’entreprise, cela constitue déjà un signal positif.
Il faut également observer la façon dont les données sont organisées, les technologies utilisées, les choix en matière de souveraineté, la manière dont les équipes sont accompagnées dans cette transformation, mais aussi les investissements réellement réalisés. Toutes ces informations sont souvent accessibles à travers les publications officielles, les offres d’emploi, les interventions publiques des dirigeants ou les annonces technologiques.
À l’inverse, une entreprise qui en est encore uniquement à former ses collaborateurs au prompt engineering n’a, selon lui, pas encore engagé sa véritable transformation.
Toutes les entreprises ne vont pas avancer à la même vitesse
Certaines grandes entreprises ont déjà pris une longueur d’avance.
Paul-Antoine cite notamment L’Oréal, qui dispose depuis plusieurs années d’une stratégie IA structurée, d’un Chief AI Officer et de cas d’usage déjà déployés auprès de ses clients.
Il évoque également Sanofi, qui utilise déjà l’IA jusque dans ses processus de recherche et de conception.
À l’inverse, certains secteurs comme le luxe ou l’aéronautique lui semblent aujourd’hui progresser plus lentement sur ces sujets.
Pour autant, il estime qu’il est encore trop tôt pour mesurer les conséquences financières de ces écarts. Les usages réellement transformants des agents IA sont encore récents et les investisseurs doivent surtout observer les signaux faibles qui annoncent les futurs gagnants.
Les véritables gagnants pourraient être les « vendeurs de pelles »
Lorsque Matthieu Stefani cherche quels acteurs pourraient profiter durablement de cette révolution, Paul-Antoine répond que la valeur pourrait se situer en amont ou en aval de l’IA.
En amont, il cite les fabricants d’infrastructures indispensables à la production des semi-conducteurs ou certains détenteurs de technologies critiques.
En aval, il voit une opportunité immense pour les entreprises capables d’accompagner concrètement la transformation IA des organisations. Toutes les entreprises veulent aujourd’hui intégrer l’IA, mais très peu savent réellement comment procéder. C’est précisément sur ce besoin d’accompagnement que pourraient se créer les prochaines grandes sociétés de conseil spécialisées.
Une révolution avant tout humaine
Au-delà de la technologie, Paul-Antoine insiste sur un point souvent sous-estimé : la réussite d’un projet IA dépend avant tout des personnes.
Le véritable défi n’est pas seulement de déployer des agents, mais d’aider les collaborateurs à travailler autrement sans augmenter leur charge mentale.
Pour lui, la plus grande création de valeur des prochaines années viendra probablement des entreprises capables de trouver le bon équilibre entre automatisation et travail humain. Car l’objectif n’est pas de remplacer les collaborateurs, mais de leur permettre de consacrer davantage de temps à ce qui crée réellement de la valeur : leurs clients, leurs équipes et leurs décisions.
Les références :
- Junyr, l’ERP européen avec son usine à agents : www.junyr.app
- Article avec l’étude complète de la maturité IA du Top 10 du CAC 40 et du Nasdaq (les palmarès détaillés et la méthodologie) : paulantoinetual.fr/blog/cac-40-vs-nasdaq-top-10
- https://deathbyclawd.com/
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