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La question revient avec insistance lorsque les indices boursiers enchaînent les records. Des valorisations élevées, une concentration accrue sur certaines zones ou secteurs, et un contexte géopolitique instable nourrissent l’idée qu’il serait peut-être plus prudent d’attendre. Pourtant, arrêter totalement d’investir lorsque les marchés sont hauts n’est pas nécessairement la stratégie la plus adaptée. Encore faut-il comprendre ce que recouvre réellement cette notion de « marché cher ».

Des valorisations tendues, surtout aux États-Unis

Les marchés américains évoluent aujourd’hui sur des multiples de valorisation historiquement élevés. Le S&P 500 se traite à plus de 22 fois les bénéfices anticipés, là où sa moyenne de long terme se situe plutôt autour de 16 à 17. Cette situation s’explique en partie par des marges d’entreprises élevées, mais aussi par une forte concentration sur quelques grandes valeurs, notamment technologiques. Dans un scénario de ralentissement économique ou de pression sur les marges, ces niveaux pourraient être difficiles à maintenir. Une correction de 10 à 20 % permettrait de revenir vers des niveaux de valorisation moins tendus, sans pour autant remettre en cause la tendance de long terme.

Pourquoi l’Europe apparaît plus résiliente

Dans ce contexte, l’Europe présente un profil différent. Les valorisations y sont historiquement plus basses et la croissance bénéficiaire plus modérée, ce qui limite les excès. La zone euro est souvent perçue comme moins réactive, parfois même trop lente, mais cette inertie apporte aussi une forme de visibilité et de stabilité. Lorsque les marchés américains deviennent plus nerveux, l’Europe a tendance à corriger également, mais souvent dans des proportions plus limitées. Une baisse de marché en Europe peut alors être perçue comme une phase de respiration plutôt que comme un signal de sortie.

Des opportunités sectorielles encore lisibles en Europe

Certains secteurs européens bénéficient d’une visibilité à moyen et long terme. L’industrie et la défense, par exemple, profitent de plans d’investissement étalés sur plusieurs années, notamment en Allemagne et au niveau européen. Même après de fortes hausses, les phases de consolidation observées sur ces valeurs sont généralement interprétées comme des ajustements sains. Une correction progressive, sur plusieurs semaines ou mois, peut constituer un point d’entrée plus favorable qu’un marché en ligne droite.

Les marchés émergents entre prudence et potentiel

Du côté des émergents, l’Inde continue d’apparaître comme un marché structurellement porteur. La Chine, quant à elle, reste un sujet plus complexe mais incontournable. Après l’éclatement de la bulle immobilière et le durcissement réglementaire de 2021-2022, les autorités chinoises ont adopté une approche plus pragmatique. Les mesures de soutien sont désormais ciblées et progressives, avec un accent croissant sur la demande intérieure. Les valorisations restent inférieures à celles des grandes valeurs technologiques américaines, malgré un rebond déjà engagé, ce qui laisse subsister un potentiel, à condition d’accepter un risque politique toujours présent.

Métaux : entre couverture et cycles longs

Les métaux ont fortement progressé, en particulier l’or, porté à la fois par les tensions géopolitiques et par les stratégies de dédollarisation de certains pays. Cette situation crée un paradoxe : les actifs dits de couverture évoluent à des niveaux élevés alors même que les marchés actions restent proches de leurs sommets. Les métaux industriels, comme le cuivre ou l’aluminium, apparaissent davantage liés au cycle économique et à la reprise industrielle. Il faut toutefois garder en tête que ces actifs ne génèrent pas de rendement intrinsèque et peuvent évoluer latéralement pendant de longues périodes. La patience reste un élément clé de ce type d’investissement.

Cryptomonnaies : une classe d’actifs plus mature mais toujours volatile

Le marché des cryptomonnaies a gagné en maturité, notamment avec l’arrivée de produits réglementés et l’intérêt croissant des investisseurs institutionnels. Une correction de 30 à 40 % sur les principales cryptos, bien que spectaculaire, reste cohérente avec l’historique de cette classe d’actifs. Le bitcoin continue d’être perçu comme un actif à part, avec une logique de long terme liée à sa rareté. En revanche, le reste du marché demeure très concentré et cyclique, avec des rotations fréquentes entre projets. À long terme, la tokenisation des actifs pourrait constituer un moteur structurel de développement.

ETF à effet de levier : un outil à manier avec précaution

Les ETF à effet de levier amplifient les variations quotidiennes des indices. S’ils peuvent séduire dans des phases de marché directionnelles, ils comportent un risque important en cas de retournement brutal. Sur des horizons longs, une forte baisse de marché peut conduire à une perte totale du capital investi. Ces produits s’adressent avant tout à des investisseurs capables de suivre activement leur positionnement, et non à une logique d’investissement de long terme.

Small et mid caps européennes : un levier complémentaire

Les petites et moyennes capitalisations européennes offrent un potentiel de rattrapage intéressant, mais elles sont plus sensibles à l’environnement macroéconomique, aux taux et aux devises. Une poursuite de l’assouplissement monétaire en zone euro serait un facteur favorable. Pour un investisseur non spécialiste, une exposition via des ETF permet de mutualiser le risque, éventuellement complétée par une part plus limitée de gestion active.

Faut-il arrêter d’investir quand les marchés sont au plus haut ?

Des marchés élevés ne signifient pas nécessairement qu’il faille sortir complètement. L’enjeu est moins de chercher à prédire un point haut que d’adapter son allocation, de diversifier davantage et d’accepter l’idée que des phases de correction font partie intégrante des cycles de marché. Investir progressivement, ajuster ses expositions géographiques et sectorielles, et conserver une vision de long terme restent des principes centraux dans un environnement incertain.

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