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Début 2026, l’actualité géopolitique donne l’impression que tout peut basculer d’un jour à l’autre. Intervention américaine au Venezuela, tensions autour de Taïwan, incertitudes sur le dollar… Beaucoup d’investisseurs se demandent s’il faut changer quelque chose à leur allocation, éviter certaines zones, ou au contraire renforcer des secteurs “qui pourraient profiter” du contexte. Dans cet épisode, Amaury de Tonquédec reçoit Jérémy Toubiana, responsable du développement des ETF sur les pays francophones chez BNP Paribas Asset Management, pour remettre de l’ordre dans une question simple en apparence et très piégeuse en pratique : comment choisir ses ETF en 2026 sans céder au bruit ambiant, ni se perdre dans des centaines de produits.

L’idée directrice revient plusieurs fois : il n’y a pas de boule de cristal. Et si on ne peut pas prévoir, il faut une méthode. Une méthode qui tient compte de trois réalités. La première, c’est que l’investissement en Bourse est un jeu de long terme, avec de la volatilité et des périodes difficiles. La deuxième, c’est que les ETF ne sont pas des produits sans risque : il existe un risque de perte en capital. La troisième, c’est que les performances d’un portefeuille d’ETF ne dépendent pas seulement des marchés actions, mais aussi d’éléments souvent sous-estimés comme le change, les frais, la composition exacte d’un indice, ou l’enveloppe dans laquelle on investit (PEA, assurance-vie, compte-titres).

Faut-il adapter ses ETF au contexte géopolitique en 2026 ?

La question d’Esther, en début d’épisode, pose exactement le dilemme de nombreux investisseurs : si la géopolitique se tend, faut-il éviter certains ETF et en privilégier d’autres ?

La réponse de Jérémy Toubiana est volontairement prudente. D’abord parce qu’à ce stade de l’année, les marchés ne se sont pas retournés : ils sont globalement positifs depuis le 1er janvier, et l’impact immédiat du contexte a été limité. Mais surtout parce que la conclusion ne change pas : on peut être confronté à de la volatilité sur les semaines, les mois, voire les années à venir. Et dans ce type de contexte, la pire réaction reste souvent la panique.

L’épisode insiste sur un point simple : l’investissement financier se pense sur la durée. Vendre “parce qu’il se passe quelque chose” peut mener à l’erreur classique observée pendant le Covid : des investisseurs débutants vendent au mauvais moment, après une baisse, puis manquent le rebond. Autrement dit, la question n’est pas de trouver l’événement qui fera baisser les marchés demain. La question est de se donner une stratégie qui permet de traverser des phases où les marchés montent et descendent.

C’est là que l’investissement régulier revient comme un fil conducteur. Le DCA (Dollar Cost Averaging) consiste à investir une somme fixe à intervalles réguliers, afin de lisser les points d’entrée. Dans un marché volatil, cette approche prend encore plus de sens, parce qu’elle évite le scénario du “j’investis tout d’un coup, puis le marché baisse, puis je panique”.

ETF “défense” et ETF “IA” : opportunité ou risque de bulle ?

Quand Amaury évoque des secteurs qui semblent bénéficier des tensions géopolitiques, un thème ressort immédiatement : la défense. Jérémy rappelle que c’est une thématique qui a attiré beaucoup de flux en 2025, et que l’intérêt ne disparaît pas début 2026. Il précise toutefois l’essentiel : le fait qu’une thématique attire des flux ne prouve pas qu’elle est “la bonne” thématique sur laquelle investir. C’est une observation, pas une recommandation.

Ce qui est intéressant dans la discussion, ce n’est pas la promesse de performance, mais la manière dont certains investisseurs utilisent désormais les ETF. Historiquement, beaucoup d’allocations se résumaient à “j’achète du World, du S&P 500, du Nasdaq ou un indice Europe, et je m’arrête là”. Aujourd’hui, une partie des investisseurs cherche à aller plus loin, en ajoutant des briques thématiques ou sectorielles pour ajuster une exposition. La défense peut devenir une manière de renforcer une poche européenne, ou d’ajouter une exposition spécifique au sein d’une allocation plus large.

Mais Amaury pose aussi la question qui revient toujours après une forte performance : est-ce trop tard ? Est-ce qu’il y a une bulle ? La réponse n’est pas de dire “oui” ou “non”. La réponse est de rappeler que si l’on se place dans une logique stratégique de long terme, la performance récente n’est qu’un élément parmi d’autres. Et que ce type de thématique doit être intégré comme une brique, pas comme un all-in.

Comment choisir un ETF sans se perdre dans la technicité ?

Les discussions autour des ETF basculent vite vers des termes techniques : tracking difference, tracking error, liquidité, réplication… Dans l’épisode, Jérémy propose une façon de remettre les priorités dans le bon ordre, en partant de la réalité d’un investisseur particulier.

Le premier filtre, c’est l’enveloppe. Est-ce que l’ETF est disponible dans le cadre où vous investissez ? PEA, assurance-vie, compte-titres : ce n’est pas un détail, c’est souvent le point qui détermine ce que vous pouvez réellement acheter. Jérémy le formule simplement : quand on est investisseur retail, la vraie question est souvent “où est-ce que je peux l’acheter ?”.

Le deuxième critère, ce sont les frais, surtout sur les ETF thématiques. Le troisième, c’est le track record, mais dans un sens très concret : deux ETF qui semblent exposés à la même thématique peuvent se comporter différemment, parce que l’indice répliqué n’est pas construit de la même manière.

C’est là qu’arrive un point essentiel et souvent oublié : la composition. Dans un indice thématique, il peut y avoir une ou deux sociétés surreprésentées. Cela peut amplifier les gains… mais aussi les pertes si une valeur se retourne. D’où l’intérêt de vérifier la composition du portefeuille. Un ETF a l’avantage d’être transparent : la composition est consultable, souvent mise à jour, et accessible sur le site de l’émetteur.

Dollar, change et parts “hedged” : pourquoi vos performances peuvent diverger

Un passage central de l’épisode traite d’un facteur qui peut changer totalement la performance d’un portefeuille : le change. Christopher se demande ce que signifie un dollar plus faible, et comment cela impacte les ETF.

Jérémy propose une explication très concrète. Si vous achetez un ETF S&P 500 en euros, vous êtes exposé à deux choses : la performance des actions américaines et l’évolution du dollar contre l’euro. Si le dollar baisse, il peut réduire la performance en euros, voire l’annuler.

L’exemple est parlant : si les actions américaines montent de 10% mais que le dollar perd 10% face à l’euro, votre performance peut être proche de zéro. Si les actions baissent de 10% et que le dollar baisse aussi de 10%, l’effet négatif se cumule.

La solution évoquée est l’existence de parts couvertes en change, parfois repérées par un “H” dans le nom de l’ETF. L’idée est simple : l’émetteur met en place une couverture visant à neutraliser une partie du risque de change. Cette couverture est gérée selon une fréquence qui dépend des émetteurs (quotidienne, hebdomadaire, mensuelle), et peut parfois impliquer des frais légèrement différents, même si ce n’est pas systématique.

Mais surtout, l’épisode évite de transformer la couverture en dogme. Est-ce qu’il “faut” être couvert ? Pas forcément. Sur un an, l’écart de performance entre une part couverte et non couverte peut atteindre environ dix points, ce qui est loin d’être marginal. Mais sur le long terme, la question devient une question de conviction sur le dollar et d’horizon d’investissement. Certains investisseurs choisissent de mixer les deux, pour ne pas dépendre d’un seul scénario.

Portefeuille 100% ETF pour 2026 : la version simple, sans mythe

François, 26 ans, demande une chose que beaucoup recherchent : construire un portefeuille cohérent d’ETF, ne pas trop gérer, et si possible le faire via un PEA.

La réponse commence par casser un mythe : gagner de l’argent “sans rien faire” n’existe pas. Même avec un ETF World et une stratégie DCA, personne ne peut garantir ce qui se passera sur les dix ou vingt prochaines années. Le scénario où les marchés baissent longtemps est possible. L’épisode insiste donc sur une idée saine : investir, ce n’est pas chercher une recette magique. C’est accepter l’incertitude et choisir un cadre de décision.

Une fois ce rappel posé, la solution “plug and play” est claire. Pour débuter, un ETF peut suffire. Un ETF monde permet de s’exposer à un large panier d’actions en une seule transaction. L’idée n’est pas d’optimiser chaque détail dès le départ. L’idée est de commencer simplement, de mettre en place de la régularité, et d’éviter la déception liée à des paris trop exotiques.

Le point important dans la discussion, c’est la psychologie. Le risque n’est pas seulement le risque de marché. Le risque, c’est de se lancer avec une recommandation “trop spécifique”, de subir une forte baisse sur un secteur ou un pays, puis de conclure que “la Bourse, c’est nul” et d’arrêter d’investir. L’ETF monde est présenté comme un socle qui limite ce type de déception, parce qu’il est diversifié par construction.

MSCI World vs MSCI ACWI : attention au faux “monde”

L’épisode rappelle un point très utile : le MSCI World ne représente pas “toutes les actions mondiales”. Il ne contient pas les marchés émergents. La version qui inclut les émergents est le MSCI ACWI.

Cela crée deux stratégies possibles. Soit choisir un indice qui inclut déjà les émergents (ACWI), soit construire une exposition “World + émergents” via deux ETF. La question devient alors pratique : si l’on veut faire simple, un seul ETF est plus facile à gérer. Si l’on veut affiner, deux ETF permettent d’ajuster la part émergente.

Mais une autre réalité pèse dans la décision : l’éligibilité au PEA. Jérémy indique ne pas avoir en tête un ETF ACWI éligible au PEA au moment de l’échange. Et c’est précisément le genre de contrainte qui compte plus, pour beaucoup d’investisseurs, que des débats théoriques. La recommandation pragmatique est d’utiliser des outils de filtrage (par exemple des sites spécialisés) pour identifier rapidement les ETF disponibles et éligibles selon l’enveloppe.

Quand on veut “plus de briques” : ex-US, equal weight, ex-China…

À partir du moment où un investisseur souhaite aller au-delà du socle, l’épisode montre à quel point le marché des ETF est devenu modulable. On peut jouer des indices qui retirent certaines zones, réduire la concentration, ou isoler certaines expositions.

Un exemple cité est le MSCI World ex-US, qui retire les États-Unis du MSCI World. L’intérêt est de pouvoir séparer l’exposition au “reste du monde” de l’exposition aux actions américaines, puis d’ajuster plus finement. Cela peut aussi permettre, par exemple, de combiner un World ex-US avec un S&P 500 couvert en change, si l’on veut gérer la poche américaine différemment.

Le même raisonnement existe pour d’autres sujets : des ETF émergents ex-China pour s’exposer aux émergents sans la Chine, ou des ETF équipondérés (equal weight) sur les États-Unis ou le World pour limiter la surpondération des très grosses capitalisations. Le message n’est pas “il faut le faire”. Le message est “c’est possible”. Et c’est à chacun de décider s’il a l’envie et le temps de gérer ces briques.

ETF matières premières : comment s’exposer quand on ne peut pas acheter “un ETF or” en Europe

La discussion revient aussi sur les matières premières, après les fortes performances de 2025 sur l’or, l’argent ou le cuivre. Jérémy explique qu’en Europe, la norme UCITS impose une diversification des sous-jacents dans un ETF, ce qui limite la possibilité d’avoir un ETF exposé à une seule matière première. C’est une des raisons pour lesquelles on trouve plutôt des paniers diversifiés. Il distingue aussi les ETF de certains produits spécifiques comme les ETC, qui ont une structure différente.

Concrètement, si l’on veut s’exposer aux matières premières via ETF en Europe, on se retrouve souvent avec des ETF qui combinent plusieurs matières. L’arbitrage devient alors un travail de composition : selon votre conviction, vous choisirez un panier dont la pondération est plus forte sur l’or, ou plus forte sur le pétrole, etc. Autrement dit, même sur un produit “diversifié”, il existe des profils très différents, et l’investisseur doit comparer les allocations.

ETF monétaires : rémunérer son cash et garder de la flexibilité

Autre point marquant : la montée des ETF monétaires en 2025, liés à un taux de référence (comme l’€STR, évoqué dans l’épisode). L’idée n’est pas de transformer cette poche en “solution miracle”, mais d’offrir une alternative au cash non investi.

Quand l’argent reste sur un compte sans rémunération, il est exposé à l’érosion de l’inflation. Les ETF monétaires permettent de placer ce cash en visant une performance liée au niveau du taux de référence, avec des frais généralement faibles et surtout une liquidité forte aux heures de marché. Amaury insiste sur un usage concret : pouvoir arbitrer rapidement d’une poche actions vers une poche monétaire, puis revenir ensuite, si l’on le souhaite.

L’épisode clarifie aussi ce que “monétaire” veut dire ici. Il ne s’agit pas d’être exposé “au dollar ou à l’euro” au sens du change, mais d’être exposé à un taux de référence, un peu comme un livret, avec une mécanique différente et une liquidité intraday.

Le coffre à enterrer dix ans : indice global plutôt que pari thématique

En fin d’épisode, Amaury pose une question volontairement simple : si l’on enterre un coffre et qu’on ne le rouvre que dans dix ans, que met-on dedans ?

La réponse de Jérémy est cohérente avec toute la discussion : à dix ans, l’horizon est suffisamment long pour privilégier les actions. Mais pas sous forme d’un pari thématique. Parce qu’en dix ans, les thèmes peuvent devenir obsolètes, les cycles changer, et les “évidences” d’aujourd’hui se retourner. La stratégie qui optimise les chances de profiter de la croissance sur la durée, selon lui, reste l’indice global diversifié, dit “mainstream”.

Ce n’est pas une promesse de gain. C’est une logique de gestion du risque et de probabilité : si l’on veut limiter les mauvaises surprises et éviter de dépendre d’un seul scénario, l’indice monde reste une base solide. Et si la répartition mondiale évolue au fil des années, l’indice reflète mécaniquement ces évolutions via les capitalisations boursières.

En résumé : la méthode 2026 en une phrase

Si vous voulez choisir vos ETF en 2026 sans vous perdre, partez d’un socle simple et diversifié, investissez régulièrement, vérifiez l’enveloppe et la composition, et ne sous-estimez pas l’impact du change. Ensuite seulement, si vous en avez l’envie et le temps, ajoutez des briques plus spécifiques comme une thématique, un ex-US, un equal weight, une poche matières premières ou une poche monétaire. L’ETF permet de tout faire. Mais la clé n’est pas de tout faire. La clé est de faire ce que vous êtes capable de tenir dans la durée.

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