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02.03.2026
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Les actifs non cotés ont longtemps été réservés aux investisseurs institutionnels. Aujourd’hui, les particuliers peuvent investir dans ces actifs et diversifier leur stratégie d’investissement.
Claire Chabrier est responsable des investissements directs sur les marchés privés chez Amundi. Au micro de Matthieu Stefani, elle nous dit tout sur l’investissement dans les actifs non cotés.
Qu’est-ce qu’un actif non coté ?
Le terme « non coté » dit exactement ce qu’il signifie : un actif qu’on ne peut pas acheter ou vendre quotidiennement en Bourse comme une action Apple ou LVMH. Contrairement aux marchés cotés (public markets en anglais) où les transactions se font instantanément, les actifs non cotés sont des investissements privés dans l’économie réelle qui s’inscrivent dans le temps long.
Quand vous achetez ou vendez une action cotée, vous échangez simplement un titre avec un autre investisseur sans que l’entreprise ne reçoive d’argent frais. En revanche, investir dans le non coté signifie injecter directement du capital dans des entreprises, des infrastructures ou des projets pour les aider à se développer. Vous devenez actionnaire d’une PME qui veut doubler sa taille, vous prêtez de l’argent à une startup innovante, ou vous financez la construction d’un parc éolien en Normandie.
Cette caractéristique fondamentale implique une contrainte majeure : l’illiquidité. Une fois votre argent investi, vous ne pouvez généralement pas le récupérer avant plusieurs années (en moyenne 5 à 10 ans selon les fonds). Il faut donc avoir du temps long devant soi et ne pas avoir besoin de liquidité à court terme. En contrepartie de cette illiquidité, vous bénéficiez théoriquement d’une prime de performance et d’une volatilité moindre que sur les marchés cotés.
Cinq exemples d’investissements non cotés
L’univers du non coté se structure autour de cinq grandes familles d’actifs, chacune répondant à une logique d’investissement différente.
- Le private equity (capital investissement) consiste à devenir actionnaire d’entreprises non cotées pour les accompagner dans leur croissance. Cela couvre un spectre large : des startups en phase d’amorçage (venture capital) aux PME qui veulent se développer, jusqu’aux ETI qui préparent une transmission ou une internationalisation. L’horizon d’investissement moyen est de 5 ans, pendant lesquels l’objectif consiste à faire doubler la taille de l’entreprise (chiffre d’affaires, effectifs, géographie). En tant qu’actionnaire, vous prenez le plus de risques mais visez aussi les meilleures performances.
- La dette privée (private debt) fonctionne comme un prêt bancaire : vous financez les entreprises en leur prêtant de l’argent contre des intérêts réguliers et un remboursement du capital à échéance. Le risque est moindre qu’en private equity puisque des garanties sont souvent adossées au prêt, et vous bénéficiez de flux de trésorerie prévisibles via le paiement d’intérêts. La dette privée sert souvent à financer des projets de croissance externe (acquisitions) ou des investissements industriels.
- Les infrastructures financent des actifs réels essentiels à l’économie : aéroports, autoroutes, réseaux de télécommunication, mais surtout aujourd’hui la transition énergétique (parcs éoliens, fermes solaires, stations de recharge électrique, projets de stockage d’énergie). Ces investissements se caractérisent par des revenus récurrents et prévisibles sur très long terme, souvent indexés sur l’inflation, ce qui offre une grande visibilité.
- L’immobilier constitue la classe d’actifs non cotée la plus familière puisque nous l’avons tous pratiquée via notre résidence principale ou des investissements locatifs. L’immobilier non coté via des fonds permet de diversifier entre différentes typologies (bureaux, logements, commerces, logistique) et zones géographiques avec une gestion professionnelle.
- Les forêts représentent un investissement patrimonial de long terme avec des enjeux de biodiversité et de gestion durable. Les performances sont plus faibles que les autres classes d’actifs, mais des avantages fiscaux existent pour compenser.
Pourquoi s’intéresser à l’investissement non coté ?
L’investissement non coté présente plusieurs avantages qui justifient d’y consacrer une part de son patrimoine, à condition de respecter la contrainte d’illiquidité :
- La diversification constitue le premier bénéfice. En ajoutant des actifs non cotés à un portefeuille traditionnellement composé d’actions et d’obligations cotées, vous réduisez la corrélation globale de vos investissements. Les actifs non cotés ne suivent pas les mouvements quotidiens des marchés financiers et sont moins sensibles aux paniques boursières. Claire Chabrier rappelle que les investisseurs institutionnels allouent entre 10 et 20% de leurs portefeuilles au non coté, contre seulement 0,1% pour les particuliers français (hors immobilier) : cet écart montre une opportunité de rééquilibrage.
- La performance supérieure attire naturellement les investisseurs. En contrepartie de l’illiquidité et du risque plus élevé (notamment en private equity où vous êtes actionnaire), les rendements visés dépassent généralement ceux des marchés cotés. Un fonds de private equity vise typiquement 12 à 15% de rendement annuel net sur la durée de vie du fonds, contre 7 à 8% historiquement pour les actions cotées. Cette surperformance provient de la prime d’illiquidité que vous acceptez en bloquant votre argent pendant plusieurs années.
- La volatilité réduite offre un confort psychologique non négligeable. Puisque vous ne pouvez pas vendre tous les jours et que les valorisations sont actualisées trimestriellement (et non quotidiennement), vous ne subissez pas le stress des variations de marché. Pendant la crise COVID de mars 2020, alors que les actions cotées perdaient 30% en quelques semaines, les fonds de private equity affichaient une baisse limitée à 10-15% étalée sur plusieurs mois. Cette volatilité lissée facilite la détention long terme.
- Le sens donné à l’investissement compte aussi. Contrairement aux marchés cotés où vous échangez simplement des titres avec d’autres investisseurs, ici vous financez directement l’économie réelle : vous aidez une PME à recruter 50 personnes, vous permettez la construction d’un parc éolien qui alimentera 10 000 foyers, vous prêtez à une startup qui développe une technologie médicale innovante. Cette dimension concrète et tangible résonne particulièrement auprès des épargnants soucieux de l’impact de leur argent.
- Enfin, le non coté s’inscrit parfaitement dans une stratégie de préparation de la retraite. Depuis 2024, la réglementation française encourage explicitement l’intégration d’actifs non cotés dans les Plans d’Épargne Retraite (PER), reconnaissant ainsi que l’horizon long de la retraite correspond naturellement à l’horizon long du non coté.
Les risques et les frais liés à ce type d’investissement
Comme tout investissement, le non coté présente des risques spécifiques qu’il faut absolument comprendre :
- Le risque d’illiquidité est le principal. Une fois investi, vous ne pouvez généralement pas récupérer votre argent avant 5 à 10 ans. Si vous avez un projet d’achat immobilier dans 3 ans, le non coté n’est pas adapté. Toutefois, les fonds semi-liquides proposent des fenêtres de sortie annuelles ou trimestrielles pour plus de flexibilité.
- Le risque de perte en capital existe, particulièrement en private equity où vous êtes actionnaire. En dette privée et infrastructure, le risque est moindre mais existe (défaut, retard de construction, changement réglementaire). Investir via des fonds professionnels permet de bénéficier de diversification et d’expertise.
Concernant les frais, l’investissement non coté est plus coûteux que les ETF : frais de gestion de 1,5 à 2% annuels et commission de performance de 15 à 20% sur les plus-values. Ce coût se justifie par l’accompagnement actif des entreprises et reste transparent. Un fonds qui délivre 15% brut et prélève 3% vous laisse 12% net, supérieur aux 7-8% historiques des actions cotées.
L’accès se fait via assurance-vie, PER, compte-titres ou plateformes digitales. Les tickets d’entrée ont baissé, rendant ces investissements accessibles au-delà des seuls ultra-riches.
