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Difficile d’investir dans l’impact et le développement durable quand des fonds “durables” ne le sont pas vraiment. Quelle est la marche à suivre pour ne pas saboter son investissement à impact ?
Arthur Aubœuf est cofondateur de Team For The Planet, réseau de 131 000 investisseurs finançant des innovations climatiques. Joseph Choueifaty a créé Goodvest, la première épargne responsable alignée avec l’Accord de Paris. Ensemble, ils lancent un fonds d’investissement pour flécher l’épargne vers la transition écologique sans greenwashing.
Au micro de Matthieu Stefani, ils nous expliquent comment investir dans l’impact en évitant le greenwashing.
62 % des fonds « durables » exposés aux développeurs d’énergies fossiles
L’étude Reclaim Finance publiée en 2026 révèle une crise de confiance majeure dans l’investissement responsable. Sur 7 500 fonds analysés se déclarant « durables », « ESG » ou « climat », 62 % restent exposés aux entreprises développant de nouvelles infrastructures d’énergies fossiles. Plus grave encore : 47 % des fonds portant explicitement les mentions « climat » ou « durable » dans leur nom financent ces mêmes développeurs.
Cette situation s’explique par la faiblesse des labels existants. Le label ISR (Investissement Socialement Responsable) ne garantit aucune exclusion sectorielle : un fonds peut détenir Total, Shell ou BP tout en arborant le label ISR s’il améliore marginalement ses critères ESG par rapport à un benchmark classique. Le label Greenfin, plus exigeant, exclut les fossiles, mais concerne moins de 100 fonds en France contre plusieurs milliers labellisés ISR.
Les investisseurs découvrent souvent trop tard la composition réelle de leurs placements. Un fonds « développement durable » grand public peut contenir 15 à 25 % de valeurs pétrolières et gazières, diluées dans un portefeuille diversifié, mais totalement contradictoires avec l’objectif affiché. Cette opacité nourrit le greenwashing et ralentit le fléchage de l’épargne vers la transition écologique réelle.
L’investissement à impact peut-il être rentable ?
Le débat sur la performance des investissements responsables oppose deux camps : ceux qui considèrent que les exclusions sectorielles réduisent l’univers d’investissement et donc la performance, et ceux qui démontrent empiriquement que les critères ESG n’handicapent pas les rendements sur le long terme.
Les données de marché sur 10 ans tranchent largement en faveur du second camp. L’indice MSCI World (large capitalisation mondiale tous secteurs) et l’indice MSCI World SRI (version screened avec critères ESG et exclusions fossiles) affichent des performances quasiment identiques autour de 12 % annualisées sur la décennie 2014-2024. Sur ces 10 années l’indice SRI a même surperformé 7 années sur 10, avec une sous-performance concentrée sur les périodes de crises géopolitiques (élection Trump, guerres Moyen-Orient) qui favorisent temporairement les valeurs pétrolières comme Total atteignant des plus hauts historiques.
Cette cyclicité explique les variations court terme, mais ne remet pas en cause la tendance structurelle. Une méta-analyse de Harvard portant sur des milliers d’études conclut que les critères ESG améliorent la performance dans 50 % des cas, la dégradent dans seulement 10 %, et restent neutres dans 40 %. L’explication tient à la qualité de gestion : les entreprises respectant critères environnementaux et sociaux tendent à être mieux gérées globalement, avec moins de scandales, moins de passifs réglementaires futurs, et une meilleure attractivité auprès des talents.
L’argument de la sous-performance ne tient donc plus empiriquement. Reste la question de l’impact réel : investir en secondaire (acheter des actions déjà émises) ne finance pas directement la transition, contrairement à l’investissement primaire (souscription au capital lors de levées de fonds) qui apporte des moyens nouveaux aux entreprises innovantes. Cette distinction entre impact financier et impact réel demeure centrale dans le débat.
IA, efficience et souveraineté énergétiques : comment investir dans le contexte actuel (avril 2026) ?
Le contexte géopolitique d’avril 2026 redessine les enjeux énergétiques et technologiques. La Chine investit 800 milliards de dollars par an dans la transition énergétique, soit huit fois plus que l’Europe qui prévoit 1 000 milliards sur dix ans. L’Espagne vise 100 milliards d’euros d’investissements d’ici 2030 pour atteindre la souveraineté énergétique via le photovoltaïque massif. Cette asymétrie crée des opportunités d’investissement dans les pays qui prennent de l’avance.
L’intelligence artificielle transforme simultanément l’équation énergétique dans deux directions opposées. D’un côté, les data centers nécessaires aux modèles IA consomment des quantités électriques considérables, créant une demande massive pour les énergies décarbonées et renforçant l’attractivité de pays comme la France (95 % d’électricité décarbonée grâce au nucléaire). De l’autre, l’IA améliore drastiquement l’efficience : Team For The Planet a redéveloppé en quelques mois grâce à l’IA ce qui avait demandé six ans manuellement, avec un rapport émissions CO₂ de 1 à 10 par rapport aux déplacements en avion qu’elle remplace.
Les secteurs d’investissement privilégiés émergent clairement. Les infrastructures énergétiques renouvelables (solaire, éolien, stockage) bénéficient d’une visibilité long terme soutenu par les plans gouvernementaux. Les innovations d’efficience énergétique offrent un levier puissant : Beyond2C réduit de 20 à 40 % la consommation de carburant des 100 000 navires marchands mondiaux avec des voiles géantes, Seatern capte l’énergie des vagues représentant 10 % du potentiel électrique mondial, Monomeris recycle le plastique à l’infini via bain ionique. Le nucléaire redevient acceptable politiquement, créant des opportunités sur la filière française (EDF, Framatome, Orano) et les SMR (Small Modular Reactors) en développement. Enfin, les entreprises maîtrisant l’IA pour optimiser leurs processus (logistique, production, énergie) captureront des avantages compétitifs décisifs dans la décennie à venir.
Avantages :
Bonne nouvelle ! Goodvest offre à tous les auditeurs et auditrices de La Martingale, 3 mois de frais de gestion offerts pour l’ouverture d’un nouveau contrat (assurance vie et PER).
Pour bénéficier de cette réduction, rentrer le code MARTINGALE au début de votre inscription sur le site de Goodvest.
Ils citent les références suivantes :
- Team for The Planet
- Le nouveau fonds Goodvest x TFTP
- L’étude de Reclaim Finance (2026)
- L’épisode #513 de GDIY avec Jesper Brodin (IKEA)
Ainsi que d’anciens épisodes de La Martingale :
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