Notez cet épisode
04.06.2026
#320
Écouter l'épisode
Les marchés sont-ils devenus illisibles ? Entre les tensions géopolitiques, l’explosion de l’intelligence artificielle, le retour du protectionnisme et les inquiétudes autour de la dette publique, beaucoup d’investisseurs ont le sentiment d’évoluer dans un environnement plus incertain que jamais.
Pourtant, Nicolas Bouzou, économiste, président du cabinet Asterès et auteur de L’Éternel Sursaut, défend une vision différente. Au micro de Matthieu Stefani, il explique pourquoi certaines tendances de fond lui paraissent aujourd’hui particulièrement lisibles et comment elles peuvent aider à réfléchir à ses investissements de long terme.
Quelles sont les grandes tendances économiques des dix prochaines années ?
Contrairement à l’idée selon laquelle le monde serait devenu imprévisible, Nicolas Bouzou estime que plusieurs tendances majeures sont déjà clairement identifiables.
La première concerne ce qu’il appelle la « géopolitisation » de l’économie mondiale. Selon lui, il ne s’agit pas d’une véritable démondialisation. Le commerce international continue de progresser, mais il devient plus coûteux et davantage soumis aux contraintes géopolitiques. Les entreprises doivent adapter leurs chaînes logistiques, contourner certaines zones à risque et composer avec un environnement international plus complexe.
Deuxième tendance : le vieillissement démographique. L’allongement de la durée de vie entraîne une hausse des besoins en matière de santé, d’assurance et de prise en charge de la dépendance. Pour Nicolas Bouzou, cette évolution constitue l’un des moteurs économiques les plus puissants des prochaines décennies.
Troisième tendance : l’endettement massif des États. Les finances publiques se dégradent dans de nombreux pays développés, notamment en Europe et aux États-Unis. Selon lui, cette situation doit être intégrée dans la réflexion des investisseurs, notamment lorsqu’ils analysent des secteurs très dépendants de la commande publique.
Pourquoi l’intelligence artificielle pourrait transformer toute l’économie ?
Pour Nicolas Bouzou, la révolution technologique actuelle ne se limite pas à l’intelligence artificielle. Elle englobe également la robotique, les biotechnologies ou encore l’informatique quantique.
Sa conviction est que nous entrons dans la phase la plus spectaculaire de cette transformation. Pendant de nombreuses années, les progrès ont été relativement peu visibles pour le grand public. Désormais, les innovations arrivent à un rythme beaucoup plus rapide.
Selon lui, les conséquences pourraient être considérables en matière de productivité. L’enjeu n’est pas seulement de savoir quelles entreprises développent les modèles d’IA les plus performants, mais surtout quelles entreprises sauront utiliser ces outils pour améliorer leurs processus, réduire leurs coûts ou créer de nouveaux services.
Cette logique vaut aussi pour la santé. Nicolas Bouzou cite notamment les progrès récents observés dans certaines recherches contre le cancer du pancréas, un domaine où peu d’avancées majeures avaient été réalisées depuis plusieurs décennies.
États-Unis, Chine, Europe : qui est le mieux placé ?
Interrogé par Matthieu Stefani sur les grandes zones géographiques à privilégier, Nicolas Bouzou conserve une préférence pour l’écosystème américain malgré les inquiétudes liées à la présidence de Donald Trump.
Selon lui, les États-Unis disposent toujours du plus puissant écosystème d’innovation au monde. Les investissements, les talents, les infrastructures financières et les entreprises technologiques y restent concentrés à une échelle difficilement comparable.
La Chine occupe selon lui la deuxième place mondiale. Il reconnaît les progrès spectaculaires réalisés dans l’intelligence artificielle, la robotique, le spatial ou encore les véhicules électriques. Mais il souligne également plusieurs risques : l’intervention possible de l’État dans l’économie, la concurrence extrême entre entreprises et des marges souvent très faibles.
L’Europe, de son côté, souffre moins d’un manque de talents que d’un manque d’intégration. Nicolas Bouzou estime que le continent dispose d’ingénieurs de haut niveau, de nombreuses startups innovantes et de grandes entreprises mondiales. En revanche, l’absence de véritable marché unique dans certains secteurs stratégiques limite fortement son potentiel.
Faut-il encore investir dans la tech américaine ?
Même s’il considère les États-Unis comme la principale puissance d’innovation mondiale, Nicolas Bouzou se montre prudent sur les valorisations actuelles.
Selon lui, de nombreuses entreprises technologiques américaines intègrent déjà beaucoup d’anticipations positives dans leur cours de Bourse. Il rappelle que les grandes phases d’innovation s’accompagnent souvent d’épisodes de survalorisation.
Son approche consiste donc à regarder au-delà des grandes valeurs technologiques déjà largement suivies par les investisseurs. La question centrale devient alors : quelles entreprises bénéficieront concrètement des gains de productivité générés par l’intelligence artificielle et la robotique ?
Cette réflexion peut concerner aussi bien des sociétés industrielles que des entreprises de services ou des acteurs spécialisés dans les infrastructures.
Quels secteurs pourraient profiter des grandes tendances à venir ?
L’un des enseignements de l’épisode est que les opportunités ne se trouvent pas forcément dans les secteurs les plus médiatisés.
Nicolas Bouzou cite notamment la réassurance, c’est-à-dire les entreprises qui assurent les assureurs. Selon lui, ce secteur bénéficie d’une structure de marché relativement favorable, avec peu d’acteurs et une demande qui pourrait continuer à augmenter sous l’effet des risques climatiques et de la cybersécurité.
Il évoque également certains segments industriels peu visibles mais essentiels à la transition numérique et énergétique. Les fabricants de câbles, d’équipements industriels ou les entreprises liées aux infrastructures pourraient profiter des investissements massifs nécessaires au développement des centres de données, de l’électrification et de l’automatisation.
L’idée centrale est simple : les plus fortes créations de valeur ne se situent pas toujours dans les secteurs les plus populaires.
Pourquoi Nicolas Bouzou reste optimiste sur la France ?
Malgré ses inquiétudes concernant l’endettement public, Nicolas Bouzou refuse de considérer la situation française comme désespérée.
Selon lui, la France dispose de nombreux atouts : des ingénieurs reconnus, des entreprises présentes dans le monde entier, un tissu entrepreneurial dynamique et une forte capacité d’innovation.
Il estime que le principal défi consiste à libérer davantage ce potentiel à travers des finances publiques plus solides, une fiscalité stable et davantage de simplification administrative.
Pour les investisseurs, cela explique aussi pourquoi il apprécie les grandes entreprises françaises capables de générer une part importante de leur activité à l’international. Ces sociétés permettent selon lui de bénéficier de la croissance mondiale tout en restant exposé à des groupes dont les positions concurrentielles sont déjà bien établies.
Ils citent les références suivantes :
• Le livre L’Éternel Sursaut de Nicolas Bouzou
• Warren Buffett
• OpenAI
• Claude
• Mistral AI
On vous souhaite une très bonne écoute ! C’est par ici si vous préférez Apple Podcasts, ou ici si vous préférez Spotify.
Et pour recevoir toutes les actus et des recommandations exclusives, abonnez-vous à la newsletter, c’est par ici.
La Martingale est un podcast du label Orso Media.
Merci à notre partenaire eToro de soutenir la Martingale.
Allez sur etoro.com et prenez le contrôle de vos investissements. E-T-O-R-O point com.
eToro est une plateforme d’investissement multi-actifs. La valeur de vos placements peut augmenter ou diminuer. Votre capital est assujetti à un risque.
