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16.07.2026
#326
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Quand on parle d’investissement, on pense spontanément à l’immobilier, aux actions ou au private equity. Beaucoup plus rarement à la forêt. Pourtant, pour Erwan Le Méné, cofondateur d’EcoTree, le capital naturel est en train de devenir une véritable classe d’actifs. Au micro de Matthieu Stefani, il explique pourquoi les forêts attirent de plus en plus d’investisseurs, comment les crédits carbone changent la donne et pourquoi certaines entreprises préfèrent désormais acheter des hectares plutôt que de payer chaque année pour compenser leurs émissions.
Pourquoi la forêt intéresse de plus en plus les investisseurs ?
Selon Erwan, plusieurs tendances se rejoignent. La demande en bois augmente, notamment avec la décarbonation du secteur de la construction, les réglementations européennes renforcent la traçabilité des matériaux et les entreprises cherchent des solutions pour réduire ou compenser leurs émissions de CO₂. Dans ce contexte, la forêt ne représente plus uniquement un patrimoine que l’on transmet de génération en génération : elle devient aussi un actif capable de créer de la valeur de plusieurs façons.
Pour lui, une forêt génère quatre sources de valeur principales : la croissance naturelle des arbres, la hausse du prix du bois, l’évolution du prix du foncier forestier et, lorsque certaines conditions sont réunies, les crédits carbone ou les certificats liés à la biodiversité. C’est cette combinaison qui explique l’intérêt croissant de certains investisseurs.
Pourquoi certaines entreprises achètent-elles des forêts ?
L’un des passages les plus marquants de l’épisode concerne les entreprises fortement émettrices de CO₂.
Erwan prend l’exemple d’une société de transport qui exploite 1 500 camions. Chaque année, elle dépense plusieurs centaines de milliers d’euros pour acheter des crédits carbone sans pour autant compenser la totalité de ses émissions. À mesure que le prix du carbone augmente, cette facture devient de plus en plus difficile à absorber.
Son idée est alors différente : plutôt que d’acheter chaque année des crédits carbone à des tiers, certaines holdings familiales choisissent d’investir dans une forêt. Les crédits carbone générés par cette forêt peuvent ensuite être utilisés par leur propre société d’exploitation. L’entreprise continue de financer sa stratégie de décarbonation, mais une partie de cette valeur reste désormais au sein du patrimoine familial.
Une forêt peut-elle vraiment être comparée à un investissement immobilier ?
Acheter une forêt déjà parfaitement entretenue reviendrait à acquérir un immeuble de prestige dans un quartier très recherché : le risque est faible, mais le potentiel de création de valeur reste limité.
À l’inverse, EcoTree privilégie une approche dite « value add ». L’idée consiste à acheter des forêts dégradées, victimes d’incendies, de maladies ou simplement mal entretenues, puis à financer leur restauration. Comme pour un immeuble à rénover, une partie de la valeur est créée grâce aux travaux réalisés.
Selon Erwan Le Méné, c’est précisément cette remise en état qui permet de générer des crédits carbone et d’améliorer progressivement la valeur de la forêt.
Comment EcoTree crée-t-elle de la valeur ?
L’entreprise ne se présente pas comme un fonds d’investissement mais comme un partenaire opérationnel.
Elle accompagne les investisseurs dans la recherche des actifs, les démarches administratives, la réalisation des travaux forestiers, la certification des crédits carbone et, si besoin, leur commercialisation auprès d’entreprises.
Cette approche implique d’importants travaux au début du projet. Erwan Le Méné explique qu’une forêt achetée à prix décoté nécessite souvent plusieurs années de restauration avant de produire pleinement ses effets. Comme dans un projet immobilier, l’investisseur ne regarde donc pas uniquement le coût d’acquisition, mais l’équilibre économique de l’opération dans son ensemble.
Les crédits carbone peuvent-ils vraiment devenir une source de revenus ?
Erwan distingue deux approches. La première consiste à percevoir une rémunération dès la restauration de la forêt, en valorisant immédiatement les réductions d’émissions attendues. La seconde, privilégiée selon lui par de nombreux investisseurs institutionnels, consiste à conserver ces crédits et à les vendre progressivement au fil de la croissance des arbres.
Il évoque également les projections de plusieurs cabinets, qui anticipent une hausse significative du prix du carbone d’ici 2050. Il rappelle toutefois qu’il s’agit de scénarios prospectifs et non de certitudes.
Que se passe-t-il si le marché du carbone évolue autrement ?
Matthieu soulève une question importante : que se passerait-il si les règles politiques changeaient ou si le marché du carbone perdait de son intérêt ?
Erwan reconnaît que cette composante comporte une part d’incertitude. Selon lui, l’intérêt de l’approche « value add » est justement de ne pas dépendre uniquement du carbone. Même si ce marché devenait moins favorable, la restauration de la forêt continuerait d’améliorer la qualité de l’actif et sa valeur patrimoniale. Les crédits carbone constituent donc un moteur de performance supplémentaire, mais pas le seul.
Restaurer une forêt plutôt que planter une monoculture
Contrairement à certaines plantations industrielles composées d’une seule essence d’arbre, EcoTree privilégie des forêts mixtes, avec plusieurs espèces adaptées aux caractéristiques du terrain. Pour Erwan, cette diversité améliore la résilience des écosystèmes face aux maladies, aux parasites et aux effets du changement climatique.
Il explique notamment que la biodiversité joue un rôle essentiel dans la protection naturelle des forêts. Les différentes espèces d’arbres, les oiseaux ou encore les champignons présents dans les sols participent à l’équilibre de l’écosystème et limitent la propagation de certains ravageurs. Restaurer une forêt ne consiste donc pas uniquement à planter des arbres, mais à reconstruire un milieu capable de fonctionner durablement.
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