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Ce guide s’appuie sur les enseignements partagés par Marie de Raismes, spécialiste du stock picking et cofondatrice d’Hiboo, lors de son passage dans La Martingale. Nous avons réorganisé et enrichi ses explications afin d’en faire un guide pratique et intemporel pour apprendre à identifier les actions décotées.

Investir dans une action décotée consiste à acheter une entreprise de qualité à un prix inférieur à sa valeur réelle. Cette approche, appelée value investing, est l’une des plus anciennes stratégies d’investissement en Bourse. Son principe est simple : les marchés financiers exagèrent régulièrement leurs réactions. Certaines entreprises deviennent alors temporairement sous-évaluées, offrant aux investisseurs patients des opportunités particulièrement intéressantes.

Encore faut-il savoir distinguer une véritable décote d’une entreprise dont les difficultés sont durables. Acheter une action simplement parce qu’elle a fortement baissé est l’une des erreurs les plus fréquentes. Pour identifier les meilleures opportunités, il est nécessaire d’analyser à la fois la qualité de l’entreprise, son prix et les raisons qui expliquent cette baisse.

Commencer par la qualité de l’entreprise

La première étape consiste à oublier le cours de Bourse et à s’intéresser à l’entreprise elle-même. Une action décotée n’a d’intérêt que si la société conserve des fondamentaux solides et une position concurrentielle durable.

L’idéal est de privilégier des leaders de leur secteur. Une entreprise capable de conserver durablement des parts de marché, disposant d’une marque forte, d’un savoir-faire reconnu ou d’un avantage concurrentiel difficile à reproduire aura davantage de chances de retrouver sa valeur une fois la période de pessimisme passée. À l’inverse, une entreprise dont le modèle économique est durablement remis en cause peut sembler peu chère pendant des années sans jamais réellement rebondir.

La question essentielle est donc la suivante : si l’on oubliait son cours de Bourse actuel, cette entreprise resterait-elle attractive dans cinq ou dix ans ? Si la réponse est non, le prix importe finalement assez peu.

Une baisse de cours ne signifie pas forcément que l’entreprise va mal

Les marchés réagissent souvent de manière excessive. Une entreprise peut subir une baisse importante de son cours alors que ses difficultés sont essentiellement conjoncturelles. Un ralentissement économique, une baisse temporaire de la consommation, une mauvaise publication de résultats ou un changement de sentiment des investisseurs peuvent suffire à faire chuter une valorisation bien davantage que la réalité économique ne le justifie.

C’est précisément dans ces périodes que naissent les meilleures opportunités. L’investisseur cherche donc des entreprises dont le marché est devenu excessivement pessimiste, alors que leurs fondamentaux restent solides. La baisse du cours n’est pas un critère d’achat, mais elle constitue un signal invitant à approfondir l’analyse.

Le prix d’achat est le principal levier de réduction du risque

On entend souvent qu’il faut prendre davantage de risques pour obtenir de meilleures performances. En réalité, investir dans une excellente entreprise à un prix élevé est souvent bien plus risqué que d’acheter cette même entreprise lorsqu’elle est fortement décotée.

Lorsque le marché a déjà intégré beaucoup de mauvaises nouvelles, une grande partie du risque est souvent déjà présente dans le cours. Même si l’entreprise traverse encore quelques mois difficiles, le potentiel de baisse devient généralement plus limité que celui d’une société déjà valorisée à des niveaux très élevés.

Autrement dit, plus une entreprise de qualité est achetée avec une forte décote, plus la marge de sécurité augmente. Le prix d’achat devient alors votre première protection contre le risque.

Observer le retour à la moyenne

L’une des méthodes présentées par Marie consiste à comparer le cours actuel d’une action à son évolution historique. Pour cela, elle s’appuie sur une droite de régression, qui représente la trajectoire moyenne suivie par le cours d’une entreprise sur une longue période, généralement une vingtaine d’années.

Naturellement, une action ne suit jamais cette trajectoire de manière parfaitement linéaire. Son cours oscille autour de cette tendance. Pour mesurer ces écarts, on utilise les écarts-types, un indicateur statistique qui permet d’évaluer si une variation reste habituelle ou devient exceptionnelle. La plupart du temps, le cours évolue près de sa tendance historique. Lorsqu’il s’en éloigne fortement, notamment en dessous de deux écarts-types, cela peut signaler que le marché est devenu excessivement pessimiste.

Attention toutefois : une action très éloignée de sa tendance n’est pas automatiquement une bonne affaire. La droite de régression constitue avant tout un signal d’alerte. Elle permet d’identifier les entreprises qui méritent une analyse plus approfondie, mais elle doit toujours être complétée par une étude des fondamentaux de l’entreprise.

En d’autres termes, cette méthode ne cherche pas à prédire l’évolution du marché. Elle aide à répondre à une question simple : le cours actuel reflète-t-il réellement la valeur de l’entreprise, ou le marché est-il en train de la sous-évaluer ?

source : hiboo.expert

Toujours confirmer la décote par les fondamentaux

Une action peut sembler très bon marché tout en restant un mauvais investissement. Avant toute décision, il est donc indispensable d’analyser la santé financière de l’entreprise.

Ses bénéfices continuent-ils de progresser ? Son bilan est-il suffisamment solide pour traverser une période difficile ? Dispose-t-elle d’une trésorerie confortable ? Sa position concurrentielle est-elle toujours intacte ? Les difficultés actuelles sont-elles temporaires ou traduisent-elles un changement durable de son activité ?

Cette étape est essentielle, car toutes les entreprises décotées ne retrouveront pas leur valeur passée. Certaines connaissent des transformations profondes qui justifient une baisse durable de leur cours.

Les secteurs cycliques offrent souvent les plus belles opportunités

Les entreprises évoluant dans des secteurs cycliques connaissent naturellement des phases de forte croissance puis de ralentissement. La chimie, les matériaux, l’automobile ou encore certaines industries lourdes en sont de bons exemples.

Lorsqu’un cycle économique se retourne, ces entreprises sont souvent lourdement sanctionnées par le marché. Pourtant, leur activité reste parfaitement viable sur le long terme. Les investisseurs patients peuvent alors profiter de valorisations exceptionnellement faibles avant le prochain cycle de reprise.

Le plus difficile est d’accepter que le point bas soit impossible à identifier avec précision. Une action achetée avec une forte décote peut encore baisser temporairement. Si les fondamentaux restent inchangés, cette baisse supplémentaire ne remet pas forcément en cause l’investissement.

La psychologie est souvent le principal obstacle

Sur le papier, acheter une entreprise de qualité lorsqu’elle est délaissée paraît évident. En pratique, c’est beaucoup plus difficile.

Lorsque tout le monde parle d’une entreprise, l’acheter semble rassurant. À l’inverse, investir dans une société dont personne ne veut devient psychologiquement inconfortable. Pourtant, les meilleures performances proviennent souvent de ces périodes où le pessimisme est généralisé.

Cette approche demande donc de la discipline. Il faut accepter d’acheter lorsque le marché est inquiet, puis attendre plusieurs années que la valorisation retrouve progressivement un niveau plus cohérent.

Accepter que certaines analyses soient mauvaises

Même avec une méthode rigoureuse, toutes les décisions ne seront pas gagnantes. Une entreprise peut perdre durablement son avantage concurrentiel, accumuler des erreurs de management ou voir son secteur profondément bouleversé.

L’important n’est donc pas d’avoir raison à chaque investissement, mais que les gains obtenus sur les meilleures opportunités compensent largement les erreurs inévitables. Une stratégie d’investissement ne se juge jamais sur une seule action, mais sur l’ensemble du portefeuille et sur plusieurs années.

En résumé

Repérer une action décotée consiste avant tout à identifier une entreprise solide dont le marché sous-estime temporairement la valeur. La qualité de l’entreprise reste le premier critère de sélection. Le prix vient ensuite offrir une marge de sécurité, à condition que les fondamentaux demeurent solides.

Cette approche demande davantage de travail qu’un investissement passif, mais elle permet de profiter des excès du marché plutôt que de les subir. En restant discipliné, patient et attentif aux fondamentaux, les périodes de pessimisme deviennent souvent les meilleures occasions d’investir.