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02.07.2026
#324
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Les ETF se sont imposés comme la solution par défaut pour investir en Bourse. Peu de frais, une grande diversification et la promesse de battre la majorité des investisseurs actifs sur le long terme. Alors pourquoi continuer à sélectionner ses actions une par une ?
Pour Marie de Raismes, fondatrice de Hiboo, la réponse est simple : parce que les meilleures opportunités naissent souvent lorsque tout le monde regarde au même endroit. Au micro de Matthieu Stefani, elle explique pourquoi certaines entreprises de grande qualité sont aujourd’hui délaissées par le marché, et comment elle les repère avant un éventuel retour en grâce.
Une bonne entreprise ne fait pas toujours un bon investissement
C’est probablement l’idée la plus importante ici. Quand on parle d’investissement, on a tendance à chercher les meilleures entreprises : celles qui innovent, qui gagnent des parts de marché et dont les bénéfices progressent année après année. Pour Marie, ce n’est pourtant qu’une partie de l’équation. Une excellente entreprise peut être un très mauvais investissement… simplement parce que son cours est déjà beaucoup trop élevé.
À l’inverse, une entreprise traversant une période difficile peut devenir une excellente opportunité si le marché l’a excessivement sanctionnée. Selon elle, le vrai risque n’est donc pas forcément de choisir la mauvaise entreprise. C’est surtout de payer beaucoup trop cher une bonne entreprise.
Comment savoir si une action est vraiment « bon marché » ?
Toute la méthode de Marie de Raismes repose sur une idée : comparer le prix actuel d’une entreprise avec son historique de valorisation. L’objectif n’est pas de prédire l’avenir, mais d’identifier les moments où le marché semble exagérer son pessimisme. Elle insiste néanmoins sur un point : le prix ne suffit jamais.
Une action peut être décotée parce que l’entreprise traverse simplement un mauvais passage… ou parce que son modèle économique est réellement en train de se dégrader. C’est pourquoi chaque signal de prix est complété par une analyse des fondamentaux : qualité du management, solidité financière, position concurrentielle ou encore perspectives de croissance.
Pourquoi les secteurs que tout le monde fuit peuvent devenir les plus intéressants
Une grande partie de la discussion tourne autour des entreprises cycliques. Ces sociétés évoluent au rythme de l’économie. Lorsque la croissance ralentit, leurs résultats baissent fortement et leur cours de Bourse peut suivre le même chemin. Pour beaucoup d’investisseurs, c’est un signal d’alerte. Pour Marie de Raismes, c’est parfois exactement l’inverse.
Elle prend l’exemple d’Arkema. Le groupe évolue dans la chimie, un secteur très sensible aux cycles économiques. Lorsque l’activité ralentit, le marché sanctionne rapidement l’action. Mais si l’entreprise reste solide financièrement et continue d’investir sur des marchés d’avenir, cette baisse peut devenir une opportunité plutôt qu’un danger.
Selon elle, la volatilité n’est donc pas toujours un problème. Elle peut aussi être la source de futures performances.
L’automobile européenne est-elle vraiment condamnée ?
Le secteur automobile fait partie des exemples qui reviennent le plus souvent. Concurrence chinoise, transition vers l’électrique, baisse des ventes… les mauvaises nouvelles s’enchaînent depuis plusieurs années. Résultat : des groupes comme BMW ou Volkswagen se négocient aujourd’hui avec une forte décote.
D’après Marie de Raismes, le marché intègre déjà énormément de pessimisme dans ces valorisations. La vraie question n’est donc pas de savoir si les constructeurs traversent une période difficile; ils la traversent.
La question est de savoir si le marché n’est pas allé trop loin dans son jugement. Si ces entreprises parviennent simplement à préserver leur position en Europe et à réussir leur transition, une partie de cette décote pourrait progressivement disparaître.
Toutes les actions décotées ne sont pas de bonnes affaires
Acheter des actions en baisse ne suffit évidemment pas. Marie de Raismes le reconnaît volontiers en revenant sur certains investissements qui n’ont pas fonctionné.
Elle cite notamment Atos, dont la dégradation des fondamentaux les a conduits à vendre leur position avec une perte, ainsi qu’Alstom, où plusieurs mauvaises surprises ont remis en question leur scénario initial. Pour elle, savoir reconnaître une erreur fait aussi partie du métier d’investisseur.
L’objectif n’est pas d’avoir raison à chaque fois, mais de faire en sorte que les gains des bonnes décisions compensent largement les pertes des mauvaises.
Faut-il encore acheter les stars de la tech ?
À l’inverse, certaines entreprises semblent presque faire l’unanimité. C’est le cas de Nvidia, devenue l’un des grands symboles de la révolution de l’intelligence artificielle. Pourtant, Marie préfère rester à l’écart.
Non pas parce qu’elle doute de l’entreprise. Au contraire. Elle estime simplement que son cours reflète déjà énormément d’optimisme.
Et lorsqu’une action est valorisée à des niveaux très élevés, la moindre déception peut entraîner une correction importante. Encore une fois, ce n’est pas la qualité de l’entreprise qui est remise en question, mais le prix payé pour en devenir actionnaire.
Le stock picking demande-t-il vraiment beaucoup de temps ?
Contrairement aux idées reçues, Marie de Raismes estime qu’une fois son portefeuille construit, le suivi reste relativement limité. Quelques heures par mois suffisent selon elle pour lire les résultats trimestriels, vérifier que la thèse d’investissement tient toujours et décider, si nécessaire, de renforcer ou d’alléger une position.
Le plus difficile n’est finalement pas de passer des heures devant les graphiques. C’est d’accepter que le marché mette parfois plusieurs années avant de reconnaître la valeur d’une entreprise.
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