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16.04.2026
#313
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La déclaration d’impôts 2026 arrive avec son lot de changements fiscaux majeurs et de cases souvent oubliées qui peuvent vous coûter 1 000 à 1 500 €.
Nahima Zobri est avocate fiscaliste et responsable du département fiscal chez Dougs. Au micro de Matthieu Stefani, elle nous explique comment remplir la déclaration des revenus sans se tromper.
Les cases à ne pas oublier dans votre déclaration d’impôts sur le revenu
La première erreur consiste à valider sa déclaration préremplie sans vérifier sa situation familiale. Un mariage, un PACS ou une naissance en 2025 octroient des demi-parts supplémentaires qui ne sont pas automatiquement intégrées. Ces demi-parts réduisent mécaniquement l’impôt en abaissant la base imposable par part. Ne pas les déclarer revient à payer trop d’impôts.
Les enfants majeurs (18 ans et plus) nécessitent un arbitrage stratégique. Deux options : les garder dans le foyer fiscal (demi-part supplémentaire) ou les détacher et déduire une pension alimentaire (4 400 € sans justificatif, jusqu’à 6 600 € avec preuves). Le calcul dépend de la tranche marginale d’imposition : si vous êtes imposé à 30-41 %, conserver la demi-part reste généralement plus avantageux. En revanche, pour les tranches inférieures (0-11 %), détacher l’enfant et déduire la pension génère plus d’économies.
Les réductions et crédits d’impôt oubliés s’accumulent rapidement :
- Les frais de scolarité (60 à 160 € selon le niveau)
- Les services à domicile via CESU (50 % de crédit d’impôt sur ménage, garde d’enfants, petits bricolages)
- Les frais de garde pour enfants de moins de 6 ans (50 % jusqu’à 1 750 € par enfant incluant la cantine si la facture sépare repas et temps de garde)
- L’installation d’une borne de recharge électrique (75 % de crédit d’impôt sur un plafond de 500 € soit 375 € récupérés)
- Les dons à associations reconnues d’utilité publique (66 % de réduction)
- Les versements sur un PER (10 % du revenu professionnel déductible avec report sur 5 ans désormais au lieu de 3)
Cumulés, ces dispositifs représentent 1 000 à 1 500 € d’économies d’impôt pour un foyer fiscal moyen.
La case parent isolée (case T) offre également un abattement supplémentaire souvent négligé. Vérifier toutes ces cases prend 5 minutes, mais change significativement la facture finale.
Impôts sur le revenu 2026 : les nouveautés concernant les revenus fonciers
Le LNMP (loueur meublé non professionnel) subit un bouleversement majeur depuis le 1er janvier 2025. Jusqu’alors, ce statut permettait d’amortir la valeur du bien immobilier sur environ 20 ans, effaçant fiscalement les loyers perçus. À la revente, seule la plus-value réelle (prix de vente moins prix d’achat) était taxée, sans réintégrer les amortissements pratiqués.
Depuis 2025, changement rétroactif :
- Les amortissements doivent être réintégrés dans le calcul de la plus-value
- Exemple : bien acheté 200 k€, amorti sur 150 k€, revendu 250 k€
- Avant : plus-value taxable de 50 k€
- Depuis 2025 : plus-value taxable de 200 k€ (base comptable 50 k€)
- Taxation au choix : flat tax à 31,4 % OU barème progressif
- Abattements selon durée de détention : 22 ans pour effacer totalement les prélèvements sociaux, 30 ans pour effacer l’impôt sur le revenu
- Application rétroactive confirmée par réponse ministérielle 2026 (même pour achats antérieurs)
Le nouveau statut de bailleur privé introduit en 2026 propose une alternative pour la location nue (non meublée). Il permet d’amortir l’investissement sur 9 ans et vise une rentabilité avec imposition zéro, similaire au LNMP. Mais les conditions sont restrictives : obligation de louer à des locataires ne dépassant pas certains plafonds de ressources, transformant de facto l’investisseur privé en bailleur social (HLM privé) avec les risques d’impayés associés. Les praticiens recommandent la prudence tant que le dispositif n’est pas clarifié par des textes d’application détaillés.
La SCI à l’IS (société civile immobilière à l’impôt sur les sociétés) retrouve ses lettres de noblesse face à ces incertitudes. Elle permet d’amortir le bien tout en bénéficiant des taux d’IS réduits (15 % jusqu’à un certain seuil, 25 % au-delà), plus stables que les tranches marginales d’imposition des particuliers. Le seul bémol : la réintégration des amortissements à la revente s’applique également. Mais la prévisibilité fiscale supérieure compense ce désavantage dans un contexte d’instabilité réglementaire.
Le déficit foncier bénéficie d’un doublement temporaire jusqu’en 2027 pour les travaux de rénovation énergétique. Normalement plafonné à 10 700 € déductibles du revenu global, il monte à 21 400 € si les travaux font passer le logement d’une classe E, F ou G à A, B, C ou D. Cette mesure vise à accélérer la rénovation du parc immobilier français tout en offrant un levier fiscal significatif aux propriétaires bailleurs en location nue.
Impôts sur le revenu 2026 : les optimisations fiscales à connaître
Le PER (plan d’épargne retraite) reste l’outil de défiscalisation le plus puissant pour les actifs imposés à 30 % ou plus. Les versements sont déductibles du revenu imposable à hauteur de 10 % du revenu professionnel annuel. Exemple : 85 000 € de revenus permettent de déduire jusqu’à 8 500 €. Si la déduction dépasse ce plafond une année donnée, le surplus se reporte désormais sur 5 ans (contre 3 ans auparavant), offrant plus de souplesse. Attention : depuis 2026, les versements après 70 ans ne sont plus déductibles.
Les services à domicile via CESU génèrent un crédit d’impôt de 50 % des dépenses, représentant 6 milliards d’euros de coût pour l’État. Le champ d’application est large : ménage, garde d’enfants, petits bricolages, soutien scolaire, préparation de repas à domicile (mais pas livraison type Uber Eats, sauf pour personnes âgées ou à mobilité réduite). Un ménage coûtant 3 000 € par an génère 1 500 € de crédit d’impôt reversé même si le foyer n’est pas imposable. Certaines plateformes proposent même d’avancer le crédit d’impôt, éliminant la trésorerie nécessaire.
Les frais de garde d’enfants de moins de 6 ans ouvrent droit à 50 % de crédit d’impôt sur un plafond de 3 500 € par enfant, soit 1 750 € récupérables. L’astuce méconnue : demander à la mairie une facture séparant le coût du repas de cantine du coût de la garderie. Seul le temps de garde est éligible, pas le repas. Cette simple démarche peut récupérer plusieurs centaines d’euros par an.
L’installation d’une borne de recharge électrique à domicile bénéficie de 75 % de crédit d’impôt sur un plafond de 500 €, soit 375 € récupérés. Le dispositif s’applique également en location si le logement constitue la résidence principale. Avec l’électrification croissante du parc automobile, ce crédit d’impôt gagne en pertinence.
Les dons à associations reconnues d’utilité publique donnent droit à 66 % de réduction d’impôt. Un don de 1 000 € réduit l’impôt de 660 €, ramenant le coût réel à 340 €. Cette générosité fiscalement encouragée cumule avec tous les autres dispositifs.
Travailleurs indépendants et entrepreneurs : comment payer moins d’impôts sur le revenu ?
L’arbitrage salaire vs dividendes constitue le levier principal pour les dirigeants de sociétés. Les cotisations sociales sur salaire plafonnent autour de 80 000 à 100 000 € de rémunération annuelle selon le statut (assimilé salarié en SAS/SASU à ~80 % de charges, travailleur non salarié en EURL/SARL à ~40 %). Au-delà de ce seuil, continuer à augmenter le salaire ne génère plus de droits supplémentaires à la retraite ni aux indemnités journalières. Il devient alors plus efficient de basculer sur les dividendes, taxés à la flat tax de 31,4 % (12,8 % IR + 18,6 % prélèvements sociaux incluant la CSG passée à 10,6 % en 2026). Exception : les foyers avec nombreux enfants ou conjoint sans revenus peuvent opter pour le barème progressif au lieu de la flat tax si leur tranche marginale est de 11 %. Cette option (case à cocher) peut générer quelques pour cent d’économie supplémentaire.
La SASU à l’IR (société par actions simplifiée unipersonnelle à l’impôt sur le revenu) offre un statut hybride où le dirigeant ne paie ni cotisations sociales ni prélèvements sociaux, mais ne cotise pas pour la retraite. Ce choix convient aux entrepreneurs bâtissant un patrimoine immobilier ou disposant déjà d’une couverture retraite ailleurs, mais nécessite une réflexion à long terme sur la protection sociale.
La location de bureau à domicile à sa propre société représente une optimisation légale souvent négligée. Établir une convention de location entre soi (personne physique) et sa société permet de déduire le loyer des bénéfices de l’entreprise. Si la location est équipée (ordinateur, mobilier, imprimante), le régime micro-BIC s’applique avec 50 % d’abattement forfaitaire sur les loyers perçus. Un loyer de 500 € par mois (6 000 € annuels) ne génère que 3 000 € de revenus imposables. Bonus : récupération d’une quote-part d’électricité, internet et frais de ménage professionnels. Il est même possible de revendre son mobilier personnel à la société aux prix d’occasion.
Les zones de revitalisation rurale ou quartiers prioritaires offrent des exonérations d’impôt sur les premiers 50 000 € de bénéfices pour encourager l’installation dans ces territoires. Domicilier son entreprise dans ces zones génère un avantage fiscal substantiel les premières années d’activité.
Impôts sur le revenu 2026 : les reds flags
L’administration fiscale utilise désormais massivement l’intelligence artificielle pour croiser les données et détecter les incohérences. Les échanges automatiques entre URSSAF, Sécurité sociale, CAF, banques et services fiscaux permettent de repérer rapidement les anomalies sans intervention humaine.
Premier red flag : des charges déductibles anormalement élevées. Déclarer 10 000 à 20 000 € de travaux de rénovation énergétique, de frais professionnels ou de déficit foncier déclenche quasi systématiquement une demande de justificatifs. Si les pièces sont en ordre, l’administration clôt le dossier. Sinon, un contrôle approfondi peut s’enclencher.
Deuxième indicateur : le train de vie vs les revenus déclarés. L’administration fiscale scanne les réseaux sociaux (Instagram, Facebook, LinkedIn) pour repérer les décalages flagrants. Un contribuable déclarant 25 000 € de revenus annuels, mais postant des photos de Ferrari, yachts ou voyages luxueux éveillent immédiatement les soupçons. Cette surveillance automatisée, bien que contestée sur le plan des libertés individuelles, se généralise.
Troisième risque : les demandes de remboursement de crédit de TVA trop fréquentes ou élevées sans justification cohérente avec l’activité. Les entreprises exportatrices ou investissant massivement peuvent légitimement avoir des crédits de TVA, mais des variations erratiques alertent le système.
Les contrôles fiscaux ne sont plus totalement aléatoires : l’IA priorise les dossiers présentant des ratios suspects. En revanche, une déclaration cohérente, documentée et transparente minimise drastiquement les risques, même avec des montants élevés. La meilleure protection reste la rigueur et la traçabilité de chaque dépense ou réduction déclarée.
Avantages :
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Ils citent les références suivantes :
- Le site impôts. gouv.fr
- Le calendrier fiscal (particuliers et pro.)
- Le simulateur d’impôts sur le revenu
- Le site du Service Public
- Le Cesu (URSSAF)
On vous souhaite une très bonne écoute ! C’est par ici si vous préférez Apple Podcasts, ou ici si vous préférez Spotify.
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La Martingale est un podcast du label Orso Media.
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