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Pour Xavier Delmas, investir dans un ETF n’a rien d’un choix totalement passif. Derrière un S&P 500 ou un MSCI World se cachent déjà plusieurs décisions : un pays, une devise, une méthode de pondération et parfois une forte concentration sur quelques entreprises. Au micro de Matthieu Stefani, l’ancien trader et professionnel de la banque privée, aujourd’hui créateur de contenu financier, revient sur les avantages des ETF, mais surtout sur les risques que les investisseurs ont tendance à sous-estimer.

Un ETF diversifié… mais jusqu’à quel point ?

Un ETF est avant tout un fonds coté en Bourse. La plupart suivent un indice comme le S&P 500, le CAC 40 ou le MSCI World. Leur principal intérêt est évident : avec un seul produit, on peut s’exposer à des centaines, voire plus d’un millier d’entreprises, sans devoir sélectionner chaque action individuellement.

Mais nombre d’entreprises ne veut pas forcément dire diversification parfaite. Le S&P 500 est pondéré par capitalisation boursière : plus une entreprise vaut cher, plus elle pèse dans l’indice. Au moment de l’épisode, Xavier Delmas rappelle que ses dix premières valeurs représentent environ 40 % de l’indice. Une concentration d’autant plus importante que beaucoup de ces géants sont liés à la tech et à l’IA.

Même constat avec le MSCI World. Il regroupe un peu moins de 1 300 entreprises, mais reste exposé à environ 70 % aux États-Unis. La Chine, Taïwan ou encore la Corée du Sud n’y figurent pas. Pour Xavier Delmas, c’est ce qu’on oublie lorsqu’on parle de gestion « passive » : acheter un ETF, c’est déjà faire des choix, même si quelqu’un d’autre les a faits pour nous.

Pourquoi Xavier Delmas préfère les indices larges

Xavier Delmas privilégie donc les ETF les plus larges et se montre plus prudent avec les ETF thématiques. Cannabis, vaccins, défense, intelligence artificielle… ces produits ont tendance à être lancés lorsqu’un thème est déjà devenu populaire. Le risque est alors d’arriver après une grande partie de la hausse.

Il reconnaît pourtant aux ETF un avantage difficile à reproduire en stock picking : les nouveaux champions finissent par entrer dans les indices. Nvidia, par exemple, est entrée dans le S&P 500 avant de progressivement devenir l’une de ses principales positions. À l’inverse, celui qui choisit seul ses actions doit continuellement surveiller le marché pour éviter de conserver uniquement les champions d’hier et de manquer ceux de demain.

C’est aussi pour cette raison que son propre portefeuille est environ moitié ETF, moitié stock picking. Les ETF lui permettent de capter largement le marché tandis que ses actions en direct correspondent uniquement à ses véritables convictions. Il n’a ainsi pas besoin d’acheter une banque, un assureur ou un constructeur automobile simplement pour avoir l’impression d’être diversifié.

Marchés au plus haut : faut-il attendre avant d’investir ?

C’est l’un des pièges que Xavier Delmas connaît bien. Il raconte avoir acheté Apple il y a longtemps, gagné environ 20 à 30 %, puis vendu parce qu’il trouvait l’action trop chère. Il a ensuite regardé le titre continuer à progresser.

Pour lui, attendre systématiquement une baisse peut coûter cher. Un indice qui atteint un record n’est pas nécessairement survalorisé : les résultats des entreprises peuvent eux aussi avoir progressé. Il rappelle également que le S&P 500 connaît régulièrement de nouveaux plus hauts historiques et qu’une partie de ces niveaux ne sera ensuite jamais revue à la baisse.

Cela ne signifie évidemment pas que les marchés continueront toujours à monter. Xavier Delmas lui-même s’interroge sur la capacité des statistiques historiques à prédire un monde bouleversé par l’IA, les contraintes énergétiques, la démographie ou encore les tensions géopolitiques. Mais essayer de prévoir précisément le prochain krach reste, selon lui, un exercice particulièrement difficile.

Le risque du dollar qu’on oublie en achetant un ETF

Autre point souvent invisible : la devise. Un Français peut acheter un ETF S&P 500 affiché en euros et pourtant rester totalement exposé au dollar. Xavier Delmas donne un exemple simple : si le S&P 500 gagne 20 % en dollars mais que le dollar perd 10 % face à l’euro, la performance de l’investisseur européen sera approximativement ramenée à 10 %.

Ce risque existe également sur les marchés émergents, où une forte hausse de la Bourse locale peut être en partie effacée par la baisse de la monnaie. D’où son conseil : avant d’acheter un ETF, regarder les pays, les devises et les dix premières positions. Le produit peut être simple à acheter sans être aussi simple qu’il en a l’air.

ETF ou stock picking : pourquoi choisir ?

Xavier Delmas nuance aussi l’idée selon laquelle les professionnels de la gestion active seraient simplement incapables de battre les indices. Il cite une étude montrant que les principales convictions des gérants pouvaient surperformer leur benchmark, avant que cet avantage ne diminue à mesure que les positions se multiplient. Les frais de gestion et la diversification imposée finissent également par peser sur leurs performances.

C’est précisément ce qui nourrit sa stratégie : utiliser les ETF pour récupérer le marché dans son ensemble et garder quelques actions pour ses convictions fortes. Surtout, il refuse l’idée qu’un portefeuille standard puisse convenir à tout le monde. Un investisseur de 20 ans, une mère de famille de 35 ans et une personne de 60 ans préparant sa retraite n’ont pas nécessairement le même horizon ni la même tolérance au risque.

Le bon portefeuille est donc aussi celui que l’on est capable de conserver lorsqu’une crise arrive, sans tout vendre sous l’effet de la panique.

Et lorsqu’on lui demande quel ETF il conserverait s’il ne pouvait en choisir qu’un pour les vingt prochaines années, Xavier Delmas répond sans hésiter : le MSCI World.

Sa martingale : comprendre ce qu’on achète

Xavier Delmas a testé de nombreux investissements : SCPI, cryptos, forêts, immobilier… Avec le temps, il s’est rendu compte qu’il accordait une valeur croissante à la liquidité, ce qui explique aussi son attachement à la Bourse.

Sa martingale n’est pourtant pas de trouver l’ETF miracle. Elle consiste plutôt à prendre le temps de comprendre les entreprises : lire un rapport annuel, le faire résumer par l’IA si nécessaire, écouter une conférence de résultats et regarder comment une société parle de son activité et de ses équipes.

Une philosophie qui résume finalement bien l’épisode : un ETF simplifie énormément l’investissement, mais il ne dispense pas de comprendre où l’on met son argent.

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