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Jeff Bezos aurait transformé 250 000 dollars investis dans Google en plusieurs centaines de millions. Derrière ce type de réussite, il n’y a pas seulement une question de flair : encore faut-il avoir accès au bon dossier, au bon moment, et réussir à convaincre qu’on mérite une place au capital. Dans ce nouvel hors-série avec Fundora, Matthieu Stefani et Bradley Lafond s’intéressent à ce qui fait réellement la différence dans le private equity : le réseau, la confiance, la sélection des gérants et la capacité à apporter davantage que de l’argent.

Pourquoi les meilleurs deals sont-ils si difficiles d’accès ?

Lorsqu’une entreprise attire beaucoup d’investisseurs, elle peut choisir ceux qu’elle laisse entrer à son capital. La même logique existe du côté des meilleurs fonds : lorsqu’un gérant affiche un excellent historique de performance et reçoit beaucoup plus de demandes que ce qu’il peut accepter, avoir de l’argent ne suffit plus.

Les entrepreneurs cherchent alors des investisseurs capables de leur apporter autre chose : des clients, des ouvertures de marché, une expertise sectorielle, de la visibilité ou un réseau. Dans cet univers, Bradley Lafond résume l’idée de façon assez directe : l’argent devient presque une commodité. La vraie question est donc : qu’est-ce que l’investisseur peut apporter en plus de son chèque ?
C’est aussi ce qui explique le rôle des operating partners dans certains fonds. Ces spécialistes connaissent profondément un secteur, peuvent analyser un dossier plus rapidement, ouvrir des portes et parfois même sourcer de nouvelles opportunités. Pour un entrepreneur, avoir ce type de profil à son capital peut être aussi précieux que le financement lui-même.

Le réseau, un actif qui se construit sur le long terme

Accéder aux bons fonds et aux bonnes entreprises repose aussi beaucoup sur le réseau. Bradley explique que Fundora a progressivement construit des relations avec des gérants qui, lorsqu’ils sont satisfaits de la collaboration, peuvent ensuite recommander la société à d’autres acteurs et ouvrir de nouvelles portes.

Mais un réseau ne se construit pas uniquement en accumulant les contacts. Il repose surtout sur la confiance et la réciprocité. Rendre service, faire une introduction sans attendre immédiatement quelque chose en retour, remercier, assurer le suivi et tenir ses engagements créent progressivement une réputation. À l’inverse, une mauvaise expérience peut rapidement fermer l’accès à de futures recommandations.

Matthieu et Bradley insistent ainsi sur une logique de long terme : donner avant de chercher à recevoir. Comme les intérêts composés, le réseau prend de la valeur avec le temps, à condition d’être constant dans ses relations et de ne pas tout transformer en transaction immédiate.

Peut-on vraiment faire confiance à son instinct ?

En early stage, les chiffres ne suffisent pas toujours. L’entreprise est parfois encore très jeune, son modèle n’est pas complètement prouvé et le fondateur représente une grande partie de la thèse d’investissement. L’intuition et la confiance prennent donc une place importante.

Bradley estime qu’un investisseur doit accepter qu’il va se tromper. Dans le venture capital, l’objectif n’est pas nécessairement d’avoir raison à chaque investissement, mais de réussir suffisamment fort sur quelques dossiers pour compenser les échecs. Cette logique diffère fortement d’un fonds de LBO, où l’on cherche des entreprises plus matures et où le taux d’échec attendu est beaucoup plus faible.

Cela ne signifie pas pour autant qu’il faut suivre aveuglément son instinct. Si un entrepreneur ou un gérant n’inspire pas confiance, même avec un excellent historique, Bradley préfère ne pas investir. À l’inverse, une bonne première impression ne dispense jamais d’effectuer les vérifications nécessaires.

Comment vérifier un fonds avant d’investir ?

La due diligence permet justement de confronter le discours à la réalité. Chez Fundora, Bradley explique qu’une première vérification réglementaire est réalisée par les équipes de gestion et de conformité. Vient ensuite un travail plus concret : parler directement aux personnes qui ont déjà travaillé avec le gérant.

Si un fonds affirme avoir obtenu d’excellentes performances, Fundora peut contacter certains de ses anciens investisseurs. S’il affirme apporter beaucoup de valeur opérationnelle aux entreprises de son portefeuille, l’équipe peut également appeler les fondateurs concernés. L’objectif est simple : vérifier que la réalité correspond à ce qui a été présenté.

Ce travail permet notamment de limiter l’effet de FOMO. Lorsqu’un dossier est très demandé, la tentation peut être forte de décider vite par peur de rater l’opportunité. Bradley rappelle pourtant qu’un investisseur doit connaître ses propres limites : si certaines vérifications sont indispensables à sa décision, mieux vaut passer à côté d’un investissement que renoncer à ses critères.

Pourquoi Fundora préfère-t-il certains fonds plus spécialisés ?

Fundora n’investit pas directement dans les entreprises pour le compte de ses clients. La société sélectionne des fonds d’investissement, qui eux-mêmes sélectionnent les entreprises. Le travail consiste donc avant tout à trouver les bons gérants.

Bradley explique privilégier notamment des fonds spécialisés, souvent dirigés par des personnes ayant elles-mêmes une forte expertise entrepreneuriale dans leur secteur. Fundora peut également s’intéresser à des gérants issus de grandes maisons de gestion qui décident ensuite de lancer leur propre structure.

L’objectif n’est pas nécessairement d’aller vers les marques les plus connues. Les très grands fonds lèvent parfois plusieurs milliards et doivent investir des montants considérables. Bradley estime qu’il devient alors plus difficile de générer une forte surperformance. Fundora préfère donc chercher des structures plus petites et plus spécialisées, sur lesquelles une analyse approfondie du gérant reste indispensable.

Diversifier plutôt que chercher le deal parfait

Les stratégies proposées peuvent couvrir le venture capital, le growth, le LBO, le secondaire ou encore la dette privée. L’idée est de permettre à l’investisseur de répartir progressivement son exposition entre plusieurs fonds, secteurs et niveaux de maturité.

Bradley évoque même l’image d’un « ETF du private equity » : en investissant dans plusieurs stratégies différentes, un particulier peut indirectement être exposé à plusieurs centaines d’entreprises. Certains investisseurs choisissent d’ailleurs d’investir régulièrement, mois après mois, plutôt que de concentrer tout leur capital sur une seule opportunité.

Cette diversification ne supprime évidemment pas le risque. Matthieu rappelle que le private equity comporte un risque de perte en capital et que l’argent investi n’est pas liquide. La durée d’un fonds peut atteindre plusieurs années, voire une dizaine d’années selon les stratégies.

La confiance reste le point de départ

Au-delà des performances passées, des multiples ou des stratégies d’investissement, cet épisode revient finalement toujours au même élément : la confiance. Confiance dans un fondateur, dans un gérant, dans les personnes qui ouvrent une porte ou dans celles à qui l’on confie son argent.

Mais cette confiance doit être construite, vérifiée et entretenue. Le réseau peut permettre d’accéder aux meilleurs dossiers. L’instinct peut aider à identifier les personnes avec lesquelles on souhaite travailler. La due diligence permet ensuite de vérifier que les faits suivent le discours.

C’est peut-être là le paradoxe du private equity : dans un univers où les chiffres occupent une place centrale, l’accès aux meilleures opportunités dépend encore largement de la qualité des relations humaines.

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