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L’intelligence artificielle ne se résume pas aux géants américains. Derrière les modèles et les applications se trouve une immense infrastructure physique : semi-conducteurs, mémoires, serveurs, composants, systèmes de refroidissement… Et une grande partie de cette chaîne de valeur se trouve en Asie.

Les grands groupes technologiques américains auraient investi environ 600 milliards de dollars dans leurs infrastructures sur les douze derniers mois, essentiellement dans les centres de données. Sur les douze mois suivants, les investissements attendus atteindraient 1 000 milliards de dollars. Si la rentabilité future de toutes ces dépenses reste encore incertaine, les fabricants de matériel, eux, en bénéficient déjà.

L’IA replace toute l’Asie au centre du jeu

La révolution de l’IA permet de mieux comprendre à quel point les économies asiatiques sont complémentaires. Taïwan fabrique les puces les plus avancées, la Corée du Sud fournit notamment les mémoires, le Japon possède de nombreux spécialistes des matériaux et composants, tandis que la Chine occupe une place majeure dans l’industrie et développe ses propres technologies. Autour de ces grandes puissances gravitent aussi le Vietnam, la Malaisie ou l’Indonésie.

Le Japon illustre bien ce retour de l’Asie sur le devant de la scène. Après plusieurs décennies marquées par la déflation, le pays retrouve de l’inflation, de la croissance et une progression des salaires. Ce changement de régime modifie aussi la perception de ses marchés financiers.

Pour les investisseurs, le Japon ne se résume cependant pas à ses grands indices. Certaines entreprises occupent des niches indispensables à l’industrie technologique. Nitto Boseki, par exemple, fabrique notamment une fibre de verre extrêmement fine utilisée dans les composants électroniques. Ce type d’entreprise illustre une caractéristique de l’industrie japonaise : des savoir-faire très spécialisés, difficiles à remplacer et intégrés à la chaîne mondiale des semi-conducteurs.

Taïwan et la Corée, deux piliers du hardware

Impossible de parler d’intelligence artificielle sans évoquer TSMC. Le groupe taïwanais fabrique les puces utilisées dans les cartes graphiques de Nvidia et constitue aujourd’hui un maillon essentiel de l’écosystème des semi-conducteurs avancés. L’essentiel de cette production reste concentré à Taïwan, même si l’entreprise commence à diversifier ses implantations.

Mais TSMC n’est que la partie la plus visible de cet écosystème. Derrière le géant se trouvent de nombreuses entreprises spécialisées dans le packaging, le transport des composants ou encore le refroidissement des centres de données. La montée en puissance de l’IA profite donc potentiellement à toute une infrastructure industrielle, et pas uniquement aux fabricants de puces.

La Corée du Sud occupe une autre place stratégique grâce notamment à Samsung et SK Hynix. Historiquement très cyclique, le marché des mémoires bénéficie désormais des investissements liés à l’IA. Mais l’économie coréenne ne repose pas uniquement sur les semi-conducteurs : cosmétique, médecine esthétique et industries culturelles constituent également des moteurs de croissance évoqués dans la transcription.

Chine : puissance industrielle ne signifie pas forcément bonne action

La Chine reste incontournable dans l’industrie asiatique. Mais une entreprise dominante sur son marché n’est pas automatiquement un bon investissement boursier.

L’automobile électrique en fournit un bon exemple. La Chine concentre une part considérable de la production mondiale de véhicules électriques, mais le nombre très élevé de constructeurs alimente une concurrence intense. Cette surcapacité exerce une pression sur les prix et les marges. Une entreprise peut donc vendre énormément sans nécessairement créer autant de valeur pour ses actionnaires.

Le même raisonnement invite à distinguer les différents segments de la technologie chinoise. La valeur se déplace progressivement de l’internet grand public vers l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs et les activités technologiques destinées aux entreprises. Pour l’investisseur, la difficulté reste cependant d’identifier les acteurs disposant d’un véritable avantage compétitif dans un environnement où l’investissement industriel peut être massif.

Vietnam, Malaisie, Indonésie : la nouvelle carte industrielle asiatique

Le mouvement dépasse désormais les grandes puissances traditionnelles. Après des décennies de délocalisations vers la Chine, les chaînes de production se diversifient vers d’autres pays asiatiques. Les tensions commerciales, le Covid et la volonté de réduire la dépendance à un seul pays ont accéléré cette évolution.

Le Vietnam profite notamment de coûts de production encore faibles et de son intégration croissante aux chaînes industrielles régionales. Mais il serait trop simple de considérer chaque usine vietnamienne comme une usine chinoise simplement déplacée : une partie des composants continue par exemple d’être fabriquée en Chine avant d’être assemblée ailleurs.

La Malaisie bénéficie également des investissements dans des activités technologiques à plus forte valeur ajoutée. Quant à l’Indonésie, elle combine plusieurs atouts : près de 300 millions d’habitants, un important marché domestique et des ressources naturelles utilisées notamment dans les batteries.

L’Inde présente un profil différent. Sa croissance économique est forte et son immense marché intérieur reste attractif, mais certaines valorisations sont élevées et l’accès au marché peut être plus complexe. L’essor de l’IA pose aussi une question particulière : le pays peut-il transformer son avantage historique dans les services informatiques et l’ingénierie pour devenir également un acteur majeur des infrastructures et solutions d’intelligence artificielle ?

L’Asie ne constitue donc pas un marché unique. Japon, Chine, Taïwan, Corée, Inde ou Asie du Sud-Est présentent des économies, des risques et des valorisations très différents. Mais un élément les relie : une part essentielle de l’infrastructure nécessaire à la révolution technologique mondiale y est conçue, fabriquée ou assemblée.

Pour comprendre où va l’IA, regarder uniquement la Silicon Valley ne suffit plus. Une grande partie de ce qui rend cette révolution possible se joue désormais de l’autre côté du Pacifique.

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