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À quelques mois de l’élection présidentielle de 2027, la Bourse de Paris traverse une période d’incertitude. Alors que plusieurs grands indices européens progressent, le CAC 40 peine à suivre. Dette publique, instabilité politique, hausse des taux d’intérêt : les raisons de s’inquiéter ne manquent pas.

Mais faut-il vraiment vendre ses actions françaises avant la présidentielle ? Pour Marie de Raismes, cofondatrice d’hiboo.expert, et Pierre Schang, responsable des pôles France et environnement à La Financière de l’Échiquier, la situation mérite davantage de nuance. Car derrière les difficultés du marché français se cachent aussi des entreprises solides et des opportunités d’investissement.

Pourquoi le CAC 40 décroche-t-il des autres marchés européens ?

Le décrochage de la Bourse de Paris ne date pas d’hier. Selon Pierre Schang, il a commencé dès 2024, dans un contexte de tensions politiques qui s’est aggravé avec la dissolution de l’Assemblée nationale.

Depuis février 2024, le CAC 40 aurait ainsi accumulé un retard de performance de 35 % par rapport à l’Euro Stoxx 50, dividendes réinvestis, selon ses calculs.

Mais la crise politique française n’explique pas tout.

Le CAC 40 souffre également de sa composition. Il est moins exposé que certains indices européens aux banques, qui ont fortement progressé ces dernières années. Il compte aussi relativement peu d’entreprises directement bénéficiaires de l’essor de l’intelligence artificielle. À l’inverse, le luxe occupe une place importante dans l’indice, alors que ce secteur subit les difficultés de la consommation chinoise.

À ces facteurs s’ajoute ce que Pierre Schang appelle une « décote France ». Selon lui, certaines multinationales françaises se négocient moins cher que leurs concurrentes étrangères, en partie parce que les investisseurs se détournent du marché français dans son ensemble.

Il estime cette décote à environ 15 à 20 %, tout en reconnaissant qu’elle reste difficile à mesurer précisément.

Marie de Raismes apporte une nuance importante : toutes les entreprises françaises ne sont pas pénalisées de la même manière. Les banques, les sociétés très endettées ou celles qui dépendent fortement de la consommation française sont davantage exposées aux difficultés économiques nationales.

À l’inverse, des groupes internationaux comme Air Liquide ou L’Oréal peuvent mieux résister, car leur activité ne dépend pas principalement de l’économie française.

Présidentielle de 2027 : quel risque pour les actions françaises ?

La principale inquiétude des investisseurs concerne la capacité de la France à réduire son déficit public.

L’un des indicateurs à surveiller est le rendement des obligations d’État françaises à dix ans, les OAT. Lors de l’enregistrement du 3 novembre 2026, les intervenants évoquent un taux proche de 5 %.

Une hausse supplémentaire pourrait accentuer la pression sur les finances publiques, les entreprises et les ménages. Marie de Raismes considère notamment qu’un passage vers 6 ou 7 % constituerait un signal d’alerte important.

Pierre Schang surveille également l’écart entre les taux français et allemands, appelé spread OAT-Bund. Plus cet écart augmente, plus les investisseurs exigent une rémunération supplémentaire pour prêter à la France.

Pour autant, une dégradation n’est pas inévitable.

Marie de Raismes estime qu’un retour de la confiance pourrait soutenir la consommation et améliorer les recettes publiques. Elle évoque également des économies budgétaires possibles, à condition qu’une volonté politique se dégage.

Pour Pierre Schang, le véritable tournant pourrait intervenir après les élections législatives de 2027. L’émergence d’une majorité capable de prendre des décisions budgétaires pourrait rassurer les marchés et réduire une partie de la décote des actions françaises.

Mais ce scénario reste incertain. La campagne présidentielle, les résultats électoraux et la formation d’une éventuelle majorité pourraient provoquer de nouvelles fluctuations boursières.

Faut-il vendre ses actions françaises ou profiter des baisses ?

Face à cette incertitude, les deux spécialistes partagent une conviction : vendre toutes ses actions françaises uniquement par peur de la présidentielle serait une décision trop simpliste.

Marie de Raismes rappelle qu’essayer d’anticiper précisément les hausses et les baisses du marché est particulièrement difficile.

Elle privilégie une approche sélective, entreprise par entreprise, tout en conservant des liquidités pour pouvoir investir si de nouvelles opportunités apparaissent. Elle évoque une réserve pouvant atteindre 30 % du portefeuille, sans en faire une règle adaptée à tous les investisseurs.

Elle se montre notamment prudente sur les banques françaises, les foncières très endettées et les entreprises dépendantes de la consommation nationale.

À l’inverse, elle s’intéresse aux sociétés internationales dont le cours a baissé sans que leurs perspectives à long terme soient fondamentalement remises en cause.

C’est le cas de Valeo, l’équipementier automobile qu’elle considère comme une opportunité malgré les difficultés actuelles du secteur. Son raisonnement repose sur le caractère cyclique de l’industrie automobile : acheter une entreprise solide pendant une période difficile peut permettre de profiter d’un éventuel redressement. Ce pari comporte néanmoins des risques, notamment liés à la concurrence et à la transformation du secteur.

Pierre Schang adopte une stratégie différente. Les fonds France qu’il présente sont presque entièrement investis. Il estime que la baisse de certaines valorisations offre déjà des occasions intéressantes.

Parmi les principales convictions évoquées figurent Schneider Electric, dont il apprécie le positionnement international, et EssilorLuxottica, qu’il juge excessivement pénalisé par les inquiétudes concernant la concurrence sur les lunettes connectées.

Il cite également Edenred, SCOR, SPIE, Technip Energies, ID Logistics, Virbac, Quadient et Interparfums.

Ces entreprises présentent des profils et des risques différents. Leur présence dans les portefeuilles de La Financière de l’Échiquier ne garantit évidemment pas leur performance future.

Investir dans le CAC 40 en 2027 : privilégier le long terme

Une entreprise cotée en France n’est pas nécessairement dépendante de l’économie française.

Pierre Schang souligne que, selon ses chiffres, seulement 22 % du chiffre d’affaires cumulé des entreprises du CAC 40 est réalisé en France. Une grande partie de leurs activités dépend donc des marchés internationaux.

C’est précisément ce qui motive son investissement personnel dans un ETF CAC 40. Il considère que certaines multinationales françaises subissent une décote liée au climat politique, alors que leurs activités restent solides.

Marie de Raismes préfère sélectionner directement des entreprises plutôt que d’acheter l’ensemble de l’indice. Un ETF CAC 40 peut en effet subir des ventes généralisées lorsque les investisseurs cherchent à réduire leur exposition à la France, y compris lorsque certaines entreprises résistent bien.

Les deux approches diffèrent, mais elles reposent sur un même principe : le prix d’achat et la qualité des entreprises comptent davantage que les mouvements boursiers à quelques mois.

Marie de Raismes défend ainsi un horizon d’investissement d’environ cinq ans et apprécie les investissements réguliers, notamment par la méthode du DCA, qui consiste à investir progressivement plutôt qu’en une seule fois.

La présidentielle de 2027 pourrait donc accentuer la volatilité du CAC 40, mais elle ne suffit pas à déterminer la valeur future des entreprises françaises.

Plutôt que de chercher à prédire le résultat des élections ou le niveau exact de l’indice dans six mois, l’enjeu est de distinguer les entreprises fragilisées par leur activité de celles simplement pénalisées par le climat politique.

Car en Bourse, une période d’incertitude peut être aussi bien une source de pertes qu’une occasion d’investir. Tout dépend des entreprises choisies, du prix payé et du temps que l’on est prêt à leur accorder.

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