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22.01.2026
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Quand les scénarios extrêmes deviennent des outils de lecture des marchés
Parler de “prédictions chocs” ne consiste pas à annoncer l’avenir avec certitude. L’objectif est plutôt d’explorer des scénarios peu probables mais plausibles, afin de mieux comprendre les fragilités du système économique et financier. Andrea Tueni, responsable des activités de marché chez Saxo Bank, propose une série d’hypothèses pour 2026 qui interrogent aussi bien la technologie que la géopolitique, les comportements sociaux ou la soutenabilité des finances publiques.
Ces scénarios ont un point commun : ils forcent à raisonner en termes de risques, de dépendances et de mécanismes, plutôt qu’en simples tendances de marché.
Intelligence artificielle : la fin de l’euphorie, le début de la sélection
La question n’est plus vraiment de savoir si une bulle existe autour de l’intelligence artificielle. Pour Andrea Tueni, cette bulle est bien réelle, mais elle ne serait pas sur le point d’éclater. Le véritable changement se situe ailleurs : dans le passage d’une logique de croissance à tout prix à une phase de sélection.
Toutes les entreprises exposées à l’IA ne sont pas égales. Certaines investissent massivement sans encore générer de revenus directs. D’autres commencent à démontrer une capacité réelle à monétiser ces technologies. À ce stade, seuls quelques groupes peuvent prouver que l’IA améliore concrètement leurs résultats opérationnels. Cette distinction devient centrale pour les investisseurs.
L’IA reste une transformation de long terme, à la fois économique et sociétale. Mais elle impose désormais une approche plus rigoureuse, centrée sur la rentabilité, la productivité et la création de valeur mesurable.
Le quantique : un risque systémique encore sous-estimé
Parmi les scénarios les plus déstabilisants figure celui du “Q Day”, le jour où un ordinateur quantique suffisamment puissant rendrait obsolètes les systèmes de chiffrement actuels. Concrètement, cela remettrait en cause la sécurité des communications, des systèmes bancaires, des portefeuilles numériques et des infrastructures critiques.
Dans un tel contexte, les cryptomonnaies seraient particulièrement vulnérables, car leur sécurité repose précisément sur ces mécanismes cryptographiques. À l’inverse, les actifs tangibles retrouveraient un rôle central. L’or, mais aussi l’argent, pourraient redevenir des références en cas de perte de confiance généralisée dans les systèmes numériques.
Ce scénario met également en lumière un secteur clé : la cybersécurité. Plus que jamais, la capacité à sécuriser, corriger et reconstruire des systèmes numériques deviendrait stratégique.
SpaceX en Bourse : un choc potentiel pour les marchés
L’hypothèse d’une introduction en Bourse de SpaceX en 2026, avec une valorisation dépassant les 1 000 milliards de dollars, n’est plus totalement théorique. Des signaux récents suggèrent que ce scénario pourrait progressivement se matérialiser.
Une telle opération aurait un impact bien au-delà du secteur spatial. Elle pourrait déclencher un intérêt massif pour toute la chaîne industrielle liée aux lanceurs, aux composants électroniques et aux infrastructures spatiales. Plus largement, elle poserait la question de l’émergence d’une nouvelle économie liée à l’espace, avec des implications industrielles, technologiques et financières majeures.
Un choc sociétal inattendu : quand la culture populaire influence l’économie
Parmi les scénarios les plus atypiques figure celui d’un changement de mode de vie impulsé par des figures culturelles majeures. L’exemple d’un retrait partiel des réseaux sociaux par une icône mondiale comme Taylor Swift illustre un phénomène plus large : l’impact des comportements collectifs sur certains modèles économiques.
Une baisse de l’engagement sur les plateformes numériques pourrait pénaliser les géants de la publicité et des réseaux sociaux, tout en favorisant des secteurs plus ancrés dans l’économie dite “réelle”, comme l’immobilier résidentiel, le bricolage ou certaines formes de consommation durable.
La dette française sous pression : le scénario de la contrainte extérieure
L’un des scénarios les plus crédibles concerne la France. Une adjudication obligataire ratée pourrait déclencher une crise de confiance brutale sur la dette française. Les taux grimperaient, l’écart avec l’Allemagne se creuserait fortement, et les marchés imposeraient de facto un ajustement budgétaire.
Dans cette hypothèse, la contrainte ne viendrait plus du débat politique interne, mais directement des investisseurs. À l’image de ce qu’a connu le Royaume-Uni en 2022, la France pourrait être poussée à adopter rapidement des réformes structurelles pour restaurer sa crédibilité financière.
Ce que ces scénarios disent vraiment aux investisseurs
Pris isolément, chacun de ces scénarios peut sembler excessif. Ensemble, ils dessinent une grille de lecture cohérente : le monde financier devient plus dépendant de la technologie, plus sensible à la confiance et plus exposé aux chocs systémiques.
La leçon principale n’est pas de parier sur ces événements, mais d’intégrer leur logique. Diversification, horizon long terme, attention portée aux actifs tangibles, à la cybersécurité, à la capacité réelle des entreprises à générer des revenus : ce sont ces éléments qui ressortent, bien plus que la recherche de coups spectaculaires.
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