Notez cet épisode

Quand la fiscalité augmente, que l’instabilité politique inquiète et que la sécurité devient un sujet, partir de France peut sembler être la solution évidente. Mais pour Joachim Savigny, dirigeant de Cheval Blanc Patrimoine, la réponse est beaucoup plus nuancée : avant de faire ses valises, il faut regarder ce que l’on gagne réellement à partir… et tout ce que l’on risque de perdre. Au micro de Matthieu Stefani, il passe en revue les raisons qui poussent les Français fortunés à envisager l’exil et les destinations qui reviennent le plus souvent.

Pourquoi les Français fortunés pensent-ils à partir ?

Chez Cheval Blanc Patrimoine, la question est devenue presque incontournable. Joachim explique que quasiment 100 % de leurs clients les plus fortunés leur ont demandé s’ils devaient rester en France ou partir.

La fiscalité joue évidemment un rôle important, notamment lorsqu’il s’agit de transmettre son patrimoine. Mais elle n’est pas la seule motivation. Joachim évoque aussi l’instabilité politique, la sécurité et la volonté de protéger sa famille. Plusieurs de ses clients ont notamment été victimes de home-jacking, ce qui alimente leur réflexion sur un éventuel départ.

Pour autant, la plupart aiment la France et n’ont pas forcément envie de la quitter. La vraie question est donc plutôt : peut-on mieux organiser son patrimoine sans bouleverser toute sa vie ?

Partir uniquement pour payer moins d’impôts, est-ce vraiment une bonne idée ?

Pour Joachim, la fiscalité seule ne suffit pas forcément à justifier un départ.

Avant d’en arriver là, il recommande de mettre à plat l’ensemble du patrimoine et d’utiliser les leviers disponibles en France. Selon lui, sur des patrimoines de 2, 3 ou 4 millions d’euros, une bonne structuration peut parfois permettre de réduire fortement les futurs droits de succession. Plus le patrimoine devient important, plus l’exercice se complique, mais des solutions restent possibles.

Il faut ensuite remettre la fiscalité dans une réflexion beaucoup plus large : où serez-vous le plus heureux ? Où vos enfants pourront-ils grandir dans de bonnes conditions ? Où votre patrimoine pourra-t-il réellement performer ?

Parce qu’économiser des impôts n’a pas beaucoup d’intérêt si, en contrepartie, on dégrade fortement sa qualité de vie ou ses possibilités d’investissement.

La Suisse, destination naturelle des très grandes fortunes ?

Pour les patrimoines les plus importants, notamment au-delà de 50 ou 100 millions d’euros, Joachim présente la Suisse comme l’un des choix les plus évidents.

La fiscalité sur les transmissions y est attractive selon les situations évoquées dans l’épisode, mais ce n’est pas son seul argument. Sécurité, système éducatif, santé, environnement financier et qualité de vie participent aussi à son attractivité.

Mais vivre en Suisse coûte extrêmement cher. Joachim évoque notamment des dépenses scolaires pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros par an et un immobilier qui devient rapidement inaccessible sans un patrimoine considérable. Il rappelle également que la Suisse n’est pas totalement dépourvue de fiscalité, notamment avec l’existence d’un impôt sur la fortune.

Autrement dit, la Suisse peut être très attractive quand on est extrêmement fortuné, mais elle n’est pas nécessairement la réponse pour tout le monde.

Italie et Grèce : pourquoi attirent-elles de plus en plus ?

Deux autres destinations reviennent dans la conversation : l’Italie et la Grèce.

Joachim explique que ces pays ont mis en place des régimes destinés à attirer les nouveaux résidents fortunés. Il cite notamment le principe d’un forfait fiscal en Italie : au lieu d’une imposition proportionnelle classique sur certains revenus étrangers, le nouvel arrivant éligible peut bénéficier d’un montant forfaitaire.

Pour quelqu’un qui dispose de revenus et d’un patrimoine très importants, le calcul peut donc devenir particulièrement intéressant.

Mais encore faut-il réellement partir.

Être six mois et un jour à l’étranger ne suffit pas forcément

C’est l’un des points importants de l’épisode : changer de résidence fiscale ne consiste pas simplement à louer une maison à l’étranger et à compter les jours.

L’administration peut notamment regarder où se trouve le foyer familial, la résidence principale et le centre des intérêts économiques.

Si vos enfants sont scolarisés en France, que votre conjoint y vit et que l’essentiel de votre activité économique y reste concentré, affirmer que votre résidence fiscale se trouve ailleurs peut devenir beaucoup plus compliqué.

Joachim prend notamment l’exemple des influenceurs installés à Dubaï dont l’audience, les annonceurs et les revenus proviennent essentiellement de France. Dans ce type de situation, l’administration peut s’intéresser de près à la réalité économique derrière le changement de résidence.

L’exil fiscal fonctionne donc surtout lorsque la vie et les intérêts économiques sont eux aussi réellement mobiles.

Dubaï : paradis fiscal ou choix de vie ?

Dubaï revient évidemment dans la discussion.

La destination offre un cadre très différent de celui de la France, notamment en matière de fiscalité et de sécurité. Mais Joachim observe que les très grandes fortunes françaises ne choisissent pas nécessairement Dubaï. Selon son expérience, la destination attire davantage de jeunes entrepreneurs, startuppers ou influenceurs, tandis que les grandes fortunes historiques se tournent davantage vers la Suisse.

Il soulève aussi une question plus large : celle de la sécurité juridique et politique. Lorsqu’on déplace une grande partie de son patrimoine dans un autre pays, le taux d’imposition n’est qu’un critère parmi d’autres. Il faut aussi regarder la protection de la propriété et le cadre institutionnel dans lequel on évolue.

Et l’Île Maurice ?

Pour des patrimoines moins élevés que ceux nécessaires pour envisager confortablement la Suisse, Joachim cite également l’Île Maurice.

Selon lui, avec 4 à 5 millions d’euros de patrimoine, il est déjà possible d’y vivre très confortablement. Il décrit aussi le pays comme une place financière structurée et tournée vers l’Afrique, avec une fiscalité attractive.

L’inconvénient est davantage géographique : s’installer à Maurice signifie s’éloigner considérablement de la France et donc potentiellement de sa famille, de ses amis ou de ses activités économiques.

Là encore, le meilleur pays fiscalement n’est pas nécessairement le meilleur pays pour vivre.

Le vrai problème français : payer beaucoup sans avoir l’impression d’en avoir pour son argent ?

Joachim ne remet pas en cause le principe même de l’impôt. Il insiste au contraire sur son attachement à la France et sur ce que le système français lui a permis de construire, notamment grâce à l’accès à l’éducation.

Son interrogation porte davantage sur le niveau de prélèvement par rapport au service rendu.

Selon lui, c’est ce décalage qui nourrit progressivement le mécontentement d’une partie de ses clients : ils acceptent de contribuer, mais ont de plus en plus le sentiment que la contrepartie n’est pas à la hauteur.

À cela s’ajoute la crainte que la situation se durcisse encore à l’avenir. Les débats autour de nouvelles taxes sur les patrimoines importants et l’instabilité politique renforcent donc l’envie de certains de préparer un plan B, même lorsqu’ils ne souhaitent pas partir immédiatement.

Avant de chercher le pays où payer le moins, chercher celui où son patrimoine performera le mieux

C’est finalement l’un des points les plus intéressants défendus par Joachim : la fiscalité ne devrait pas être le seul critère pour choisir où vivre et investir.

Il faut regarder la performance globale du patrimoine. Quel rendement peut-on espérer ? Dans quelle monnaie va-t-on raisonner ? Quels investissements sont accessibles ? Quelle protection juridique offre le pays ? Est-on réellement propriétaire de ses actifs dans les mêmes conditions qu’en France ?

Un gain fiscal peut ainsi être largement compensé par une mauvaise performance, un risque de change ou un environnement juridique moins protecteur.

Et une fois tous ces paramètres intégrés, la liste des destinations réellement adaptées à un investisseur français fortuné devient beaucoup plus courte.

Alors, faut-il rester ou partir ?

La réponse de Joachim n’est finalement ni « restez » ni « partez ».

Pour lui, deux stratégies sont possibles : quitter la France lorsque son patrimoine, sa famille et son activité permettent réellement de reconstruire sa vie ailleurs, ou décider de rester et d’optimiser ce qui peut l’être.

Lui a choisi la seconde voie. Au-delà de l’argent, il revendique son attachement à la France et sa volonté de contribuer à faire évoluer le système plutôt que de le quitter.

Pour l’investisseur, le raisonnement doit donc dépasser la simple comparaison des taux d’imposition : fiscalité, transmission, performance, sécurité, famille et qualité de vie doivent être regardées ensemble.

Parce qu’au bout du compte, le meilleur endroit pour son patrimoine n’est pas forcément celui où l’on paie le moins d’impôts.

Merci à notre partenaire Fundora de soutenir la Martingale.

Allez sur fundora.fr et prenez le contrôle de vos investissements.

Fundora est une plateforme d’investissement. La valeur de vos placements peut augmenter ou diminuer. Votre capital est assujetti à un risque.