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24.08.2026
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50 Cent aurait pu se contenter d’un gros cachet pour devenir l’ambassadeur de Vitamin Water. Il a préféré prendre une participation dans Glaceau, l’entreprise derrière la marque. Quelques années plus tard, Coca-Cola rachète la société pour 4,1 milliards de dollars.
Cette histoire illustre bien le principe du private equity : investir dans une entreprise non cotée avec l’espoir de profiter de sa création de valeur. Mais derrière ce terme se cachent en réalité des stratégies très différentes, avec des niveaux de risque, des horizons d’investissement et des mécanismes qui n’ont parfois rien à voir.
Dans ce premier hors-série réalisé avec Fundora, Matthieu Stefani reçoit Bradley Lafond pour dresser un panorama du private equity et comprendre les principales façons d’investir dans le non-coté.
Le private equity, c’est quoi ?
Le private equity regroupe les investissements réalisés dans des entreprises qui ne sont pas cotées en Bourse. Cela peut concerner une petite entreprise locale comme une société valorisée plusieurs milliards d’euros.
La différence avec les marchés financiers est importante. Lorsque vous achetez une action Apple en Bourse, votre argent va généralement à l’investisseur qui possédait cette action avant vous. En revanche, dans certaines opérations de private equity, les capitaux investis arrivent directement dans l’entreprise et servent à financer son développement.
Mais toutes les opérations de private equity ne fonctionnent pas de cette manière. Certaines consistent à apporter du capital frais, d’autres à racheter des actionnaires existants, d’autres encore à prêter de l’argent à l’entreprise.
Le LBO : utiliser la dette pour racheter une entreprise
Le LBO, ou Leveraged Buy-Out, est l’une des stratégies les plus connues du private equity. Son principe peut être comparé à un investissement immobilier financé à crédit.
Un fonds rachète une entreprise en combinant des capitaux propres et de la dette. L’entreprise doit ensuite générer suffisamment de bénéfices pour rembourser progressivement cette dette.
Pour que le mécanisme fonctionne, le fonds cherche généralement une société déjà rentable et capable de produire des résultats relativement réguliers. Il peut ensuite chercher à améliorer son fonctionnement, développer son activité ou réaliser de nouvelles acquisitions.
L’effet de levier peut amplifier la performance lorsque tout se passe bien. Mais il peut aussi accélérer les difficultés si les résultats de l’entreprise se dégradent. Une société qui ne parvient plus à générer suffisamment de bénéfices peut rapidement se retrouver incapable de rembourser sa dette.
Growth equity : accompagner des entreprises en forte croissance
Le growth equity concerne généralement des entreprises plus avancées que les startups en phase de démarrage, mais qui continuent à afficher une forte croissance.
Contrairement au LBO, la stratégie repose moins sur l’endettement. Les investisseurs apportent du capital pour permettre à l’entreprise d’accélérer son développement, même si elle n’est pas encore rentable.
Ces capitaux peuvent servir à recruter, développer de nouveaux produits, s’internationaliser ou racheter d’autres entreprises. C’est ce dernier mécanisme que l’on appelle notamment le build-up.
L’idée consiste à agréger plusieurs entreprises d’un même secteur autour d’une structure plus importante. Une petite société peut être valorisée sur un multiple relativement faible, tandis qu’un groupe plus important peut bénéficier d’une valorisation supérieure. Le fonds cherche donc à créer de la valeur à la fois par la croissance opérationnelle et par l’augmentation du multiple de valorisation.
Cette stratégie a aussi ses limites. À mesure qu’un groupe grandit, son management perd nécessairement une partie du contrôle direct qu’il pouvait avoir lorsqu’il gérait une structure plus petite.
Venture capital : investir avant que le modèle soit établi
Le venture capital intervient beaucoup plus tôt dans la vie d’une entreprise. L’investisseur mise alors sur une startup dont le modèle économique, la rentabilité ou parfois même le produit ne sont pas encore complètement validés.
La décision repose en grande partie sur l’équipe fondatrice, son expérience, son marché, sa vision et sa capacité à exécuter son projet.
Plus on investit tôt, plus le risque augmente. En phase d’amorçage, une société peut parfois être constituée principalement d’une équipe, d’une technologie ou d’un projet encore peu développé.
Le potentiel de gain est important, mais la probabilité d’échec l’est également. C’est pourquoi la diversification devient centrale : investir dans seulement quelques startups peut exposer l’investisseur à un risque très concentré, tandis qu’un fonds peut répartir ses investissements sur plusieurs dizaines de sociétés.
Dette privée : prêter aux entreprises plutôt que devenir actionnaire
Le private equity ne consiste pas uniquement à prendre des participations au capital. Avec la dette privée, les investisseurs prêtent de l’argent à des entreprises.
Ces financements peuvent notamment concerner des sociétés qui n’obtiennent pas immédiatement un prêt bancaire ou qui ont besoin d’une solution plus rapide et plus flexible. En contrepartie du risque supplémentaire pris par le prêteur, les taux proposés sont généralement plus élevés que ceux d’un crédit bancaire classique.
Cette stratégie permet donc de financer directement l’économie réelle sans nécessairement devenir actionnaire.
Il existe également le venture debt, utilisé notamment par des startups. Une entreprise peut par exemple lever une partie de ses financements en capital et compléter cette levée par de la dette afin de limiter la dilution de ses actionnaires existants. Le risque reste cependant élevé, puisque le prêteur finance souvent une société encore peu ou pas rentable.
Distressed : tenter de retourner une entreprise en difficulté
Le distressed private equity, ou capital retournement, se situe à l’opposé du LBO classique. Ici, l’investisseur rachète une entreprise qui rencontre déjà des difficultés et tente de la restructurer.
L’objectif est de restaurer sa rentabilité avant de la revendre dans de meilleures conditions. Le prix d’entrée peut parfois être très faible, mais il reflète justement un risque important.
La restructuration peut nécessiter de modifier profondément l’organisation de l’entreprise, sa dette ou son modèle économique. Si le retournement fonctionne, le potentiel de création de valeur peut être élevé. Dans le cas contraire, l’investisseur peut perdre une grande partie, voire la totalité de son capital.
Bradley Lafond précise d’ailleurs que Fundora ne propose pas ce type de stratégie aux particuliers en raison de son niveau de risque. Il rappelle plus largement que le private equity comporte un risque de perte en capital et d’illiquidité et qu’un rendement élevé « garanti » n’existe pas.
Les infrastructures : investir dans des actifs réels
Le private equity peut également financer des actifs très différents des entreprises traditionnelles : énergies renouvelables, panneaux solaires, ponts, autoroutes ou autres infrastructures.
Ces stratégies peuvent combiner des revenus réguliers, par exemple sous forme de coupons, avec une éventuelle plus-value lors de la revente de l’actif.
Elles répondent donc à une logique très différente d’un investissement dans une startup technologique ou dans une entreprise rachetée en LBO.
Le secondaire : revendre ses parts avant une introduction en Bourse
L’une des principales contraintes du private equity est son manque de liquidité. Contrairement à une action cotée, il n’est pas toujours possible de vendre sa participation rapidement.
Le marché secondaire permet à un investisseur de céder ses parts à un autre investisseur avant qu’une entreprise soit introduite en Bourse ou rachetée.
Ce marché a pris de l’importance alors que les introductions en Bourse se sont raréfiées et que certains fonds ou investisseurs ont eu besoin de récupérer leur capital.
La transaction se fait alors de gré à gré, en utilisant souvent comme référence la valorisation du dernier tour de financement, avec éventuellement une décote pour rendre l’opération attractive à l’acheteur.
Club deals : accéder directement à une entreprise
Les club deals permettent à plusieurs investisseurs de se regrouper pour investir ensemble dans une entreprise ou une opération particulière.
Sur le papier, cette possibilité peut être séduisante : l’investisseur choisit directement la société dans laquelle il souhaite investir. Mais Bradley Lafond met en garde contre une difficulté particulière du marché du non-coté : les meilleures entreprises peuvent elles-mêmes choisir leurs investisseurs.
Les dossiers les plus attractifs cherchent généralement des investisseurs professionnels capables d’apporter du capital, mais aussi un réseau, de l’expertise et un accompagnement stratégique.
Fundora explique donc fonctionner différemment. L’investisseur choisit une stratégie d’investissement, tandis que des gérants sélectionnent les fonds professionnels dans lesquels les capitaux seront placés. L’objectif est notamment de bénéficier d’un accès plus diversifié au marché du private equity.
Pourquoi la diversification est-elle si importante ?
Toutes ces stratégies ont un point commun : elles comportent un risque de perte en capital et imposent souvent d’immobiliser son argent pendant plusieurs années.
Mais le niveau de risque peut varier considérablement d’une stratégie à une autre. Une startup en amorçage, une entreprise rentable rachetée en LBO et une infrastructure ne présentent ni le même profil de risque, ni le même potentiel de rendement.
La diversification consiste donc à ne pas dépendre du succès d’une seule entreprise ou d’un seul type d’investissement.
C’est notamment l’une des raisons avancées par Bradley Lafond pour privilégier les fonds : un seul fonds peut être exposé à plusieurs dizaines d’entreprises, ce qui permet de répartir le risque entre différents investissements.
Que retenir avant d’investir dans le private equity ?
Le private equity n’est finalement pas une stratégie d’investissement unique. L’expression regroupe une multitude de manières de financer les entreprises, depuis les startups en amorçage jusqu’aux sociétés matures financées par LBO, en passant par la dette privée ou les infrastructures.
Avant d’investir, il faut donc comprendre précisément où se situe l’entreprise dans son développement, comment la valeur doit être créée, quel niveau de risque est associé à la stratégie et pendant combien de temps le capital risque d’être immobilisé.
Le parcours de 50 Cent avec Vitamin Water montre ce qui peut arriver lorsque l’investisseur trouve une entreprise, un marché et un niveau d’implication parfaitement alignés avec ses intérêts. Mais pour un particulier, l’enjeu est surtout de construire une stratégie de private equity cohérente et suffisamment diversifiée.
C’est justement ce que Matthieu Stefani et Bradley Lafond aborderont dans le prochain épisode de cette série avec Fundora.
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