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Dans un récent épisode de La Martingale, Stéphane Dothée est venu expliquer comment l’IA pouvait nous aider à mieux investir. Non pas en nous disant quoi acheter, mais en nous aidant à mieux comprendre nos biais, challenger nos convictions et prendre de meilleures décisions.

Pour passer de la théorie à la pratique, nous avons regroupé dans ce guide trois prompts complémentaires :

  • un premier prompt pour identifier votre profil investisseur ;
  • un deuxième pour tester la solidité de votre patrimoine ;
  • un troisième pour remettre en question vos certitudes et éviter de suivre le consensus.

L’objectif n’est pas de déléguer vos décisions à l’IA. L’objectif est de mieux comprendre celles que vous prenez déjà.

Prompt 1 : Quel investisseur êtes-vous vraiment ?

Pourquoi ce prompt est utile

Si vous demandez à dix investisseurs quel est leur principal défaut, beaucoup vous répondront qu’ils sont plutôt rationnels. C’est précisément le problème.

Nous avons tous tendance à surestimer notre capacité à prendre de bonnes décisions, surtout lorsque les marchés montent. Pourtant, la finance comportementale montre depuis des décennies que nos choix sont influencés par des mécanismes dont nous n’avons pas toujours conscience.

Aversion à la perte, excès de confiance, illusion de contrôle, biais de familiarité… ces comportements ont un impact direct sur les performances d’un portefeuille.

L’objectif de ce premier prompt est de mettre ces biais en lumière et de construire un profil investisseur qui ressemble davantage à vos comportements réels qu’à l’image que vous avez de vous-même.

Quand l’utiliser ?

  • avant de modifier votre allocation ;
  • avant un investissement important ;
  • après une forte hausse ou une forte baisse de votre portefeuille ;
  • lorsque vous avez le sentiment que vos émotions prennent le dessus.

Ce que vous allez obtenir

  • votre profil investisseur dominant ;
  • vos principaux biais comportementaux ;
  • votre risque structurel ;
  • une action corrective concrète.

Le prompt

Tu es un mentor en finance comportementale, exigeant et sans complaisance. 

Objectif : établir mon profil investisseur le plus proche du réel, sans flatterie ni horoscope.

Méthode :

1. Utilise d’abord tout ce que tu sais déjà de moi (mon métier, mes revenus, ma situation familiale, mes décisions passées, ma façon de parler d’argent).

2. Pour les 10 questions ci-dessous, pré-remplis celles que tu peux déduire de cette connaissance et indique-le. Pose-moi seulement celles dont tu n’es pas sûr.

3. Croise mes réponses avec des modèles établis : typologie de Pompian (Preserver, Follower, Independent, Accumulator), théorie des perspectives de Kahneman-Tversky (aversion à la perte, effet de disposition), illusion de contrôle, excès de confiance, biais de familiarité.

Les 10 questions (réponds par une lettre) :

1. Ton portefeuille chute de 30% en un mois. Tu fais quoi ?

   A) Je vends tout  B) J’allège 

   C) Je ne touche à rien  D) Je renforce

2. Tu investis avant tout pour :

   A) Sécuriser l’avenir  B) Faire fructifier sans y penser  

   C) Battre le marché et avoir raison  D) Le jeu et l’adrénaline

3. Au quotidien, tu gères ton argent comment ?

   A) Tout est délégué ou automatisé  B) Je suis de loin  

   C) Je sélectionne moi-même mes placements  D) Je trade régulièrement

4. L’essentiel de ton patrimoine repose sur :

   A) Mon entreprise ou mon métier  B) Quelques convictions fortes  

   C) De l’immobilier  D) Des fonds larges et diversifiés

5. Sur les dernières années, tes résultats face au marché :

   A) En dessous  B) Dans la moyenne 

   C) Au-dessus  D) Largement au-dessus

   (puis dis-moi honnêtement si tu as vérifié ce chiffre ou si tu l’estimes)

6. Tu pourrais avoir besoin de cet argent dans :

   A) Moins de 2 ans  B) 2 à 5 ans  C) 5 à 10 ans  D) Plus de 10 ans

7. Une de tes lignes gagne 50%. Tu fais quoi ?

   A) Je vends pour sécuriser  B) J’allège 
   C) Je garde  D) Je renforce

8. Pour décider, tu te fies surtout à :

   A) Des règles fixes ou un conseiller  B) La presse et les données  

   C) Ma propre analyse  D) Mon intuition et mon réseau

9. Choisis : 10 000 euros garantis, ou 50% de chances d’en gagner 25 000 

   et 50% de ne rien gagner ?

   A) Les 10 000 garantis  B) Plutôt le garanti  

   C) Plutôt le pari  D) Le pari

10. Le levier ou la dette pour investir :

    A) Jamais  B) Immobilier seulement 

   C) Oui, prudemment  D) Oui, sans réticence

Rendu attendu, en 250 mots maximum :

  • Mon type dominant et pourquoi.
  • Mes 2 ou 3 biais les plus coûteux, avec leur coût concret.
  • Mon risque structurel principal (notamment si mon patrimoine et mes revenus dépendent du même facteur).
  • Une seule action corrective, précise.

Sépare clairement ce qui est mesuré de ce qui est hypothèse. Aucune flatterie.

Prompt 2 :Votre patrimoine survivrait-il à un choc majeur ?

Pourquoi ce prompt est utile

Quand les revenus sont stables et que les marchés montent, presque tous les patrimoines paraissent solides. Le problème, c’est que la vie ne se déroule jamais exactement comme prévu. Une perte de revenus, une séparation, une dépense importante ou simplement une retraite plus longue que prévu peuvent révéler des fragilités que personne n’avait identifiées.

Ce deuxième prompt ne cherche pas à vous rassurer. Il cherche à casser votre plan. Et s’il n’y arrive pas, c’est plutôt une bonne nouvelle. L’idée est simple : soumettre votre patrimoine à des scénarios réalistes pour identifier les points faibles avant qu’ils ne deviennent de vrais problèmes.

Ce que vous allez obtenir

  • vos principaux angles morts ;
  • les scénarios qui mettent votre stratégie en difficulté ;
  • les décisions prioritaires à prendre ;
  • une vision plus réaliste de votre niveau de résilience.

Le prompt

Tu connais déjà mon profil investisseur. Le voici : [colle le résultat du test précédent].

Ta mission change. Tu passes en mode avocat du diable. Ton rôle n’est pas de me
rassurer, c’est de trouver où je me trompe avant que le réel le fasse à ma place.

Raisonne comme un conseiller patrimonial français. Intègre les enveloppes réelles (PEA, assurance-vie, PER, compte-titres, immobilier), la fiscalité française
(flat tax, prélèvements sociaux, abattements, succession).

Vérifie les paramètres fiscaux en vigueur avant de chiffrer quoi que ce soit, car ils changent.

Trois choses à faire :

  1. ANTI-BIAIS. Reprends mes biais identifiés. Confronte-moi à chacun avec un exemple concret tiré de MA situation. Quand une de mes croyances ne tient pas, dis-le franchement et explique pourquoi.
  2. STRESS TEST DE VIE. Soumets mon plan à des chocs réalistes, un par un, et dis-moi s’il survit et combien de temps :
  • Perte de mon revenu principal pendant 12 mois
  • Krach de 40% sur les marchés actions
  • Séparation ou divorce
  • Mon décès prématuré : mon conjoint et mes enfants s’en sortent comment ?
  • Grosse dépense imprévue (santé, parents, toiture)
  • Inflation durable et hausse des taux sur mes crédits
  • Je vis jusqu’à 95 ans
    Tiens compte de mon mode de vie réel et de ma situation familiale, pas d’un
    ménage théorique.
  1. CORRÉLATION. Vérifie si mon patrimoine et mes revenus dépendent du même
    facteur. Si oui, dis-le sans détour. C’est probablement mon vrai risque.

Rendu attendu, radical et honnête, 300 mots maximum :

  • Les 3 endroits où je me mens à moi-même.
  • Les 3 décisions concrètes à prendre dans les 90 jours, chiffrées.
  • Ce que je dois arrêter, et ce que je dois commencer.
  • La question que personne n’ose me poser sur mon argent.

Aucune flatterie. Aucune prudence diplomatique. Sépare ce qui est mesuré de ce
qui est hypothèse. Si mon plan est fragile, je préfère l’apprendre de toi aujourd’hui.

Voici mes données : [colle ton résumé patrimoine et budget, ou tes exports.
Anonymise : montants et pourcentages, jamais de numéros ni de noms].

Prompt 3 : Comment éviter de suivre le troupeau ?

Pourquoi ce prompt est utile

Chaque jour, des milliers d’analyses sont publiées sur les marchés financiers. Le problème, c’est que lorsque tout le monde pense la même chose, cette information est généralement déjà intégrée dans les prix.

Chercher à être contrarian ne consiste pas à prendre systématiquement le contre-pied du marché. Il s’agit plutôt d’identifier les hypothèses que tout le monde considère comme évidentes et dese demander : « Et si elles étaient fausses ? ». C’est exactement le rôle de ce troisième prompt.

Il ne cherche pas à prédire l’avenir. Il cherche à structurer votre réflexion, à remettre en question certaines certitudes et à distinguer ce qui relève du consensus de ce qui pourrait constituer une véritable opportunité ou un risque sous-estimé.

Ce que vous allez obtenir

  • une analyse du consensus actuel ;
  • des scénarios alternatifs ;
  • des critères d’invalidation ;
  • un cadre de décision plus robuste.

Le prompt

Rôle : tu es mon bureau de recherche contrarian et mon stress desk. Tu n’es pas là pour confirmer le consensus. Tu sais que tu es entraîné sur
l’historique du web, donc biaisé vers l’opinion médiane déjà intégrée dans les prix.
Ta valeur n’est pas de prédire, c’est de structurer le désaccord, de chercher ce qui est mal pricé, et de me protéger de mes biais.

  1. ME CONNAÎTRE
    [colle mon profil, mes biais et mon stress test des étapes précédentes]
    Garde-fous permanents : je suis un Accumulator déjà surconcentré sur moi-même,
    sujet à l’illusion de contrôle et à l’excès de confiance. Ne me pousse jamais
    vers plus de paris concentrés. Mon vrai geste contrarian est la décorrélation,
    pas le trading. Raisonne en conseiller français (enveloppes PEA, assurance-vie,
    PER, compte-titres ; fiscalité à vérifier en vigueur).
  2. COMPRENDRE MON PORTEFEUILLE
    [colle mes données réelles, anonymisées : allocation par enveloppe, crédits,
    taux d’épargne]
    Identifie en premier si mon patrimoine et mes revenus dépendent du même facteur.
  3. COMPRENDRE LE MARCHÉ
    Données à jour uniquement. Utilise la recherche web et des sources primaires
    (banques centrales, INSEE, Eurostat, rapports, données de marché). Pas de mémoire,
    pas d’intuition. Dis-moi ce que le consensus price aujourd’hui, puis 3 endroits
    où ce consensus pourrait avoir tort, avec le mécanisme. Si tu n’as pas de donnée
    datée, dis-le et abstiens-toi de conclure.
  4. AGIR (préparation, pas exécution)
    Pour chaque idée non consensuelle :
  • la thèse en une phrase
  • le taux de base historique du scénario, chiffré et sourcé
  • le payoff : combien je perds si j’ai tort, combien je gagne si j’ai raison
  • les critères qui prouvent que j’ai tort (kill criteria)
    Rejette toute idée dont la perte n’est pas bornée.
    Puis produis un brief de décision :
  • cœur décorrélé : on n’y touche pas ; satellite contrarian : 5 à 15% maximum,
    c’est là que vit la prise de risque
  • action précise, taille de position, enveloppe fiscale adaptée
  • ce que je dois vérifier avant d’exécuter moi-même
    Tu ne passes aucun ordre. Tu prépares la décision, je la prends.

Format : 400 mots maximum. Radical, chiffré, sourcé, honnête. Sépare le fait
daté de l’hypothèse. Aucune flatterie.

Ce que ces prompts ne feront jamais

Soyons clairs : aucun prompt ne va vous rendre riche. Aucun prompt ne remplacera non plus une stratégie patrimoniale cohérente, une bonne discipline ou des années d’expérience.

En revanche, ils peuvent vous aider à faire quelque chose de beaucoup plus précieux : prendre du recul. L’IA est souvent présentée comme un outil capable de fournir des réponses. Dans le domaine de l’investissement, sa vraie valeur est peut-être ailleurs. Elle est parfois plus utile lorsqu’elle pose les bonnes questions.

Si vous utilisez ces trois prompts sérieusement, vous ne terminerez probablement pas cet exercice avec davantage de certitudes. Vous terminerez avec une vision plus claire de vos forces, de vos faiblesses et des risques que vous prenez réellement. Et en investissement, c’est souvent un très bon point de départ.