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Burger King est devenu l’un des exemples les plus frappants de ce que peut produire un fonds lorsqu’il ne se contente pas d’apporter du capital. Derrière le retournement de la marque, le fonds 3G a profondément repris la gestion, réduit les coûts puis réinvesti dans le développement. Une approche qui illustre une idée centrale du private equity : la création de valeur ne vient pas seulement du choix de l’entreprise, mais aussi de ce que le fonds est capable d’en faire.

Investir ne suffit pas : encore faut-il créer de la valeur

Tous les fonds n’ont pas la même manière d’investir. Certains se spécialisent dans un secteur précis; alimentation, luxe, intelligence artificielle; et développent une expertise suffisamment fine pour intervenir directement dans les entreprises de leur portefeuille.

Pour Bradley Lafond, cette spécialisation leur permet de comprendre rapidement ce qui fonctionne, ce qui bloque et où agir. Le fonds peut alors modifier la stratégie, réduire certains coûts ou réallouer les ressources vers les leviers les plus prometteurs.

C’est cette logique qui rend le cas Burger King intéressant. Le fonds ne s’est pas contenté d’attendre que la valeur augmente. Il a participé au retournement de l’entreprise, avec des décisions parfois difficiles, avant de remettre des moyens dans le développement et l’ouverture de nouveaux restaurants.

Pourquoi les gérants peuvent-ils gagner autant ?

Cette implication explique aussi en partie le fonctionnement du carried interest, la commission de performance versée aux gérants lorsque le fonds réussit.

Bradley explique qu’un niveau de 20 % est courant. Certains fonds réduisent leurs frais de gestion et misent davantage sur cette rémunération liée à la performance. Le mécanisme peut également fonctionner par paliers, avec une part qui augmente lorsque les rendements deviennent particulièrement élevés.

Un autre mécanisme, le hurdle, fixe généralement un rendement minimal à atteindre avant que le gérant puisse toucher son carried interest. Dans l’exemple donné, tant que l’investisseur n’a pas obtenu 8 % de rendement, aucune commission de surperformance n’est versée. L’idée est de créer un alignement : si l’investisseur ne gagne pas suffisamment, le gérant ne touche pas son bonus de performance.

Et lorsque les fonds deviennent très importants, les montants peuvent rapidement devenir considérables. Même avec un multiple moins spectaculaire, appliquer une commission de performance à plusieurs milliards d’euros de gains peut générer des rémunérations très élevées pour les équipes de gestion.

Les meilleurs deals ne sont pas accessibles à tout le monde

Le problème du private equity ne consiste pas seulement à identifier une bonne entreprise. Il faut également réussir à entrer au capital.

Sur les dossiers les plus demandés, l’argent ne suffit plus toujours. Les entrepreneurs peuvent choisir leurs investisseurs et leur demander ce qu’ils vont apporter en plus du chèque : expertise, clients potentiels, réseau ou accès à un marché.

Bradley raconte avoir lui-même expérimenté cette sélection lorsqu’il cherchait à investir directement dans des entreprises de cybersécurité. Les fondateurs lui demandaient quels contacts il pouvait réellement leur apporter. Face à cette difficulté, passer par un fonds ultra-spécialisé peut permettre d’accéder à des dossiers auxquels un investisseur individuel aurait beaucoup plus de mal à participer.

Cela ne garantit évidemment pas la performance. Mais dans les marchés très compétitifs, la qualité de l’accès devient elle-même un avantage.

Quel rendement attendre du private equity ?

Il n’existe pas de rendement garanti. Bradley rappelle que certaines stratégies pourront faire 5 % par an, d’autres perdre de l’argent, et que les performances historiques ne permettent pas de connaître les résultats futurs.

Il souligne néanmoins que les fonds sélectionnés dans les mandats évoqués ont historiquement affiché des rendements annuels supérieurs à 20 %. Mais pour lui, l’enjeu est surtout ailleurs : accepter l’illiquidité du private equity n’a de sens que si l’investisseur recherche une performance suffisamment élevée pour compenser cette contrainte.

Le couple risque-rendement reste donc central. Un fonds de venture capital peut offrir un potentiel plus élevé, mais il expose aussi à davantage de risques qu’une stratégie plus mature. Le choix dépend ainsi du profil de l’investisseur, de son horizon et de sa tolérance aux pertes.

Pourquoi un multiple ne raconte pas toute l’histoire

Comparer directement un fonds de private equity et un ETF peut être trompeur.

Dans un fonds non coté, les participations sont progressivement revendues. Ces ventes génèrent des distributions avant même la fin de vie du fonds. Un investisseur peut ensuite remettre cet argent au travail ailleurs.

Bradley prend l’exemple d’un investissement de 1 000 euros qui commence à distribuer du capital quelques années plus tard. Si ces distributions sont réinvesties, elles peuvent elles-mêmes produire de nouveaux rendements. C’est pourquoi il faut tenir compte du temps et des flux de trésorerie, et pas seulement regarder le multiple obtenu à la fin.

Late stage : moins de potentiel, mais une liquidité plus proche ?

Le marché secondaire permet aussi d’investir dans des entreprises déjà très avancées, comme Anthropic, OpenAI, Stripe ou Databricks, citées dans la transcription.

À ce stade, l’enjeu n’est plus forcément d’espérer un multiple spectaculaire. Il faut surtout regarder la valorisation d’entrée, le type d’action acheté et l’horizon de liquidité.

Une entreprise déjà valorisée plusieurs dizaines ou centaines de milliards offre mécaniquement moins de potentiel de multiplication qu’une startup très jeune. En contrepartie, l’événement de liquidité peut être plus proche, ce qui permet éventuellement de récupérer son capital plus rapidement et de le réinvestir.

Entre innovation et retournement d’entreprises

Le private equity ne se limite pas aux startups technologiques. Il peut aussi consister à reprendre une entreprise ou une marque existante pour la transformer en profondeur.

Le cas Burger King montre qu’un acteur traditionnel peut retrouver une nouvelle dynamique grâce à une gestion beaucoup plus active. Cette logique peut également s’appliquer au retail : réduire les coûts inutiles, remettre les moyens sur le produit, la communication, le digital, la logistique ou le service client.

Mais Bradley insiste sur une différence importante : redresser un réseau physique demande énormément d’exécution opérationnelle. Avec plusieurs centaines de boutiques, il ne suffit pas de prendre des décisions depuis un bureau. Il faut des opérateurs capables d’aller sur le terrain et de faire appliquer la nouvelle stratégie.

En private equity, la patience fait partie de l’investissement

Dernier élément essentiel : l’illiquidité.

L’argent investi en private equity doit être de l’argent dont on n’a pas besoin à court terme. Il n’est pas possible de vendre ses positions aussi facilement qu’une action cotée. Il faut attendre une vente, une introduction en Bourse ou un autre événement de liquidité.

Bradley raconte avoir commencé à investir dans des startups en 2019 sans toucher un euro pendant six ans. Sur le papier, certaines participations avaient pourtant pris beaucoup de valeur. Ce n’est qu’à partir de 2025 que plusieurs sorties lui ont permis de matérialiser ces performances.

La leçon est simple : une valorisation sur le papier n’est pas encore un rendement encaissé. Une fois l’investissement réalisé et les diligences faites, l’investisseur devient largement spectateur. Il faut alors laisser le temps au fonds et aux entreprises de créer de la valeur.

Le private equity, entre risque, accès et création de valeur

Le cas Burger King résume bien ce qui distingue certaines opérations de private equity : le capital n’est parfois que le point de départ. La vraie création de valeur vient ensuite de l’expertise du fonds, de sa capacité à exécuter une transformation et à prendre des décisions difficiles.

À l’autre extrême, les secteurs très innovants — intelligence artificielle, cybersécurité, semi-conducteurs, défense ou spatial — posent un autre défi : réussir à accéder suffisamment tôt aux entreprises qui compteront demain.

Dans les deux cas, le principe reste le même : plus le potentiel de rendement est élevé, plus il faut accepter le risque, l’illiquidité et l’incertitude. Le private equity demande donc autant de sélection que de patience.

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